La première fois que j’ai eu un vrai projet d’écriture j’avais 19 ans. Cela fait en somme 6 ans que j’aurais du écrire mon premier roman. Alors que s’est-il passé ? La jeunesse ? Le manque d’expérience ?

 

Mais ces causes évidentes ne sont pas les seules raisons de mon échec. La véritable cause, je l’ai trouvé très récemment, alors que j’essayais de comprendre pourquoi quelqu’un qui mourrait d’envie d’être écrivain (en l’occurrence moi) n’écrivait pas.

 

Identifier le pourquoi

J’ai tenté d’identifier un élément majeur  : le pourquoi de son écriture.

  • Pourquoi j’écris ce que j’écris ? Quelle est mon intention ?
  • Quel est mon message, qu’est-ce que je veux dire ?
  • A quoi ça me sert aussi ? Même à quoi ça sert ?

J’ai trouvé mon explication et j’ai décidé d’y consacrer un article.

 

Les émotions : le moteur de l’écriture ?

L’explication est assez simple. Quand j’écris, j’extériorise mes émotions. Avant j’avais un journal. Ne méprise pas cette pratique, ok ? Mais passé le lycée, je n’y écrivais plus rien et j’ai même tout jeté. Je le regrette d’ailleurs.

 

Donc je m’écrivais moi. Puis, j’ai utilisé des personnages, j’ai inventé des histoires. J’ai posé un décor à mes pensées et fait propager mes idées dans les paroles fictives de mes marionnettes.

 

Puis, cela fait, je laissais tomber. Je créais un petit dossier et je lui disais à l’année prochaine ou à jamais 👋. C’était comme si je n’arrivais pas à passer au stade supérieur. Oui, l’écriture est un travail qui nécessite la construction d’un plan. Pfff, ouais… Dommage que ça se fasse pas en une nuit 😁

 

Mais il était là le problème, je n’avais pas de plan. En fait, je n’avais même jamais eu l’intention d’écrire une histoire. J’avais besoin d’écrire à un moment t. Pour je ne sais quelle raison, c’était aussi des histoires.

 

Le moment t passé, cela devenait trop dur de construire une histoire car je n’avais pas d’intrigue. Je ne savais pas où j’allais car j’écrivais pour évacuer une tension pas pour raconter une histoire.

 

Il faut identifier le pourquoi. De telles histoires ont un but limité. Leur potentiel était gâché par mon manque de distance. Pour preuve, je ne me suis jamais lancée dans des projets d’écriture qui ne ressemblaient pas. C’est-à-dire, des projets qui ne prenaient pas racine dans mon vécu.

 

 

L’intime derrière l’écriture

Prenons un exemple : le premier texte de mes 19 ans. Cette petite scène vient de très loin. Le jour où j’ai écrit Enfrésion, je n’ai jamais eu envie d’écrire Enfrésion. Étrange ? Pas tant que ça. J’ai pris un stylo et je ne sais d’où, je ne sais pas comment mais j’ai créé des personnages.

 

J’ai écrit quand je voyageais en Algérie et qu’on me ”traitait” d’immigré. Oui, ”traitait” car je le prenais comme une insulte à cette époque.

 

Alors quoi en France j’étais fille d’immigrés et en Algérie aussi ? A cet âge, je me demandais, qui j’étais. Comment être française alors que je suis arabe dans un pays où la nationalité fournie aussi l’origine ethnique ? Crise identitaire totale. Puis j’ai compris ma différence et je l’ai chéri car elle est précieuse.

 

Un petit extrait d’Enfrésion

Aussi juste pour qu’on rigole un peu et appuyer mes propos, je te laisse un instant avec le moi d’il y a 6 ans. Pour rappel, il faut avoir l’esprit très ouvert car ce sont des animaux qui parlent. Puis c’est mal écrit, j’avais 19 ans. On va mettre ça sur le dos du manque d’expérience. Je t’autorise à te moquer. Vas-y, ris, je t’en prie, ça m’fait plaisir !

 

Sir le Lièvre, en recherche de compagnie, partit retrouver Monsieur Castor.

« Oh tiens, vous voilà Castor ! », s’exclama Sir Le lièvre.

Castor sursauta, il fumait près de son marais.

“Oh excusez-moi, Sir Le lièvre, je vous ai pris pour ma femme »

« Elle est si effrayante que cela ? »

« Non, non,

Mais je devrais être en train de couper du bois

Or j’ai chaumé toute la journée

Alors j’avais peur qu’elle vienne me gronder »

« Oh oui d’accord je vois,

Je venais vous voir car je voulais m’excuser

Je vous ai laissé croire que vous étiez différent

Mais cette différence s’estompera

Si vous frottez assez bien sur le côté droit,

Puis ce n’est pas tant vous le fautif

Enfin voilà, je m’excuse »

« Ça n’est pas si grave

Comme vous le dîtes si souvent

Le temps arrange tous les maux »

« Oui c’est notre meilleur allié »

 

Castor sortit une petite bouteille en plastique et en proposa à Sir Le lièvre.

« Oh, non, merci, je n’ai pas très soif », déclare Sir Le lièvre

« Ne le dîtes pas à ma femme, mais c’est du rhum »

« Une grande tasse, pour moi ! »

 

Les deux nouveaux amis trinquèrent et rirent un moment, assis près du marrais.

« Qu’est-ce que vous avez au cou, chère castor ? »

« Oh ça, c’est un talisman qui attire la chance »

« Qui attire la chance ? »

« Oui, je l’ai ramené d’un récent voyage dans le pays de mes parents »

« Ah d’accord, et comment c’était ? »

« Et bien ça faisait longtemps que je n’y étais pas allé

Tout a changé

Et j’en ai été navré

Puisque même là-bas je suis un étranger »

« Ah oui ? »

« C’est pire encore,

On vous regarde comme si vous étiez… »

« Différent », finit Sir le lièvre.

« Oui, ici, on me traite comme quelqu’un de là-bas,

Là-bas comme quelqu’un d’ici,

Je ne sais plus sur quel pied danser  »

« Eh bien, dansez sur les deux, mon ami, dansez sur les deux ! »

 

A ton avis, ai-je écrit cela pour :

  1. raconter une histoire ?
  2. extérioriser mes pensées ?

 

La réponse est 2) oui, bien sûr ! 👏 Je ne te cache pas qu’après les toutes premières scènes d’Enfrésion, la réécriture est partie en cacahuète. Je me suis mise à inventer des portes qui parlent, des lombrics albinos, un moineau unijambiste, du grand n’importe quoi. Donc Enfrésion n’est pas seulement mon défouloir, c’est le tout premier monde que j’ai crée.

Pour un autre texte d’Enfrésion, encore plus WTF, clique ici.

 

Une promesse (encore)

Dès que j’y pense, je me mets à sourire. C’est un univers cher à mon cœur et je me fais la promesse de m’y atteler un jour. Quand je me serais prouvée (comme tu le sais peut-être) que je peux terminer une histoire en 3 mois…:)

En résumé, si tu écris, prends le temps d’identifier ton pourquoi. Si tu le fais correctement, tu auras la source de création de tes œuvres, tu découvriras tes forces, ta particularité mais aussi tes défauts.

Cela te permettra peut-être comme moi de reparamétrer certaines dimensions, notamment pour élargir le lectorat d’histoires nombrilistes.

Sur ce, des poutous ❤ ❤,

A demain

Lisa El Yacoubi

Lisa El Yacoubi

Auteure en devenir. J'espère évoluer comme un pokémon. L'objectif de ce site est de te parler des étapes par lesquelles je passe pour écrire mon roman.

2 Commentaires

  • Joyful Dreams dit :

    J’ai beaucoup apprécié ton récit 🙂 On voit que cela reflète un peu les problèmes que tu as pu rencontrer à l’époque. Ecrire c’est un peu comme ci on évacuait tout ce qu’on avait sur le cœur et ça peut faire du bien 🙂
    En tout cas je t’encourage, tu as un talent pour l’écriture 🙂 Je ne sais pas quel sont tes projets dans ce domaine là, mais je te souhaites pleins de bonnes choses.

    • Lisa El Yacoubi dit :

      Merci Mélanie, ton compliment me touche 🙂 En ce qui concerne mes projets, pour l’instant, c’est écrire mon roman Ylis, l’arracheur d’âmes en 3 mois. J’étais en vacances, je vais reprendre un rythme pour les articles et partager plus souvent. Merci beaucoup pour ton soutien 😊

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