Salut 🙂  Je me suis dis que j’allais te montrer un peu comment je développe un personnage. Avant il faut que tu saches que j’ai toujours détesté développer mes personnages, je trouvais ce travail extrêmement ennuyeux : écrire et me laisser bercer par mon univers était bien plus réjouissant. C’est pourquoi j’ai décidé de faire les choses autrement, fini les fiches personnages avec des questions sur la couleur des yeux ou l’espèce, des choses futiles quoi.

Pour tout dire, les questions et les éléments que je trouvais dans ces fiches personnages ne résonnaient pas en moi, c’était creux. Maintenant, je vois ces fiches personnages comme un résumé de tout le travail de développement qui a lieu en amont. Les fiches personnages c’est bien, en dernier, pour en faire une sorte de résumé du travail abouti.

Maintenant que la parenthèse est faite, parlons personnages.

La scène caractéristique du personnage

Je t’avoue que je me suis beaucoup interrogé sur l’incipit du roman en me demandant quelle était la meilleure façon de commencer cette histoire, il y en avait quelques unes qui me venaient à l’esprit. Ceci dit, la première a toujours été la plus juste. Seulement, elle devra être complétée par ce nouveau travail que je fais sur Ylis pour en faire une scène forte et marquante du personnage.

En effet, ce qui m’est venu en premier, c’est ce qui, pour moi, fait partie de l’intrigue et non du développement du personnage d’Ylis. Il est arracheur d’âmes, donc il fauche des âmes humaines pour les mener dans l’Autre Monde => c’est l’intrigue, ce qu’il fait, non ce qu’il est. Il y avait un peu de sa personnalité dans le premier chapitre mais ce n’était pas encore très développé et mal expliqué. D’où l’importance de ce travail de développement du personnage.

Le développement d’un personnage

Une transformation

Bien sûr, une histoire est une évolution des personnages, qu’elle soit positive, négative ou figé. Ylis de l’act 1 sera différent de celui du dernier act. Donc il faut savoir vers quoi son personnage va évoluer et pour devenir qui. Mais comment on procède ?

Ce que le personnage veut, ce dont il a peur vs ce dont il a besoin, ce qu’il doit apprendre

C’est ainsi que commence chaque histoire, le personnage veut quelque chose. C’est bien connu, les anglosaxons appellent cela les “wants” (ce que le personnage veut) vs les “needs” (ce dont le personnage a besoin), je n’ai rien inventé. Mais j’aimerais ajouter deux trois choses à ça.

Ce que le personnage veut, ce dont il a peur

Pour dire les choses grossièrement, tout ce que l’on veut provient d’une peur, tout ce dont on a besoin vient principalement de l’amour, en d’autres termes ce sont des énergies opposées, qui s’affrontent et se confrontent. J’ai choisi ces deux exemples, mais on peut en combiner plusieurs : peur, égo, lâcheté, colère vs amour, sérénité, courage, joie …etc.

C’est une chose que j’ai remarqué. J’ai parfois peur de n’avoir aucun succès avec mes histoires, de n’intéresser personne, que mon égo en prenne un coup, l’égo est dans la même énergie que la peur et la colère, ce sont pour moi des énergies malfaisantes. Il faut lutter contre elles et ce n’est pas toujours simple, car c’est aussi humain. Je ne sais pas si je crois vraiment aux énergies mais je trouve la symbolique très pertinente.

Ce dont le personnage a besoin, ce qu’il doit apprendre

En revanche, j’ai besoin d’écrire mes romans, plus que tout. Je te l’ai déjà dit, l’écriture pour moi n’est pas une passion, ce n’est même pas un métier, c’est essentiel à ma santé mentale, ça fait partie de moi. J’utilisais l’écriture thérapeutique, bien avant de commencer à écrire des histoires.

Mais voilà, à force de passer du temps dans ma tête, j’ai crée des petites histoires, j’ai toujours eu la tête dans les nuages parce que j’adore rêver. Je rêverais toute ma vie. J’ai besoin d’écrire un roman parce que ça donne du sens à ma vie, c’est aussi une “expansion” de moi-même.

Écrire pour laisser une trace, et même créer en général pour exprimer ma créativité, pour imprégner le monde de mon existence. Il y a beaucoup de choses que je fais dans ce but, c’est ce qu’on appelle des besoins d’immortalité. En psychologie, cela fait référence au dernier pallier de la pyramide de Maslow : celui de l’accomplissement personnel et pour moi c’est le plus puissant de tous.

Les peurs, les failles psychologiques (le symptôme et ce qu’il faut apprendre)

Trouve les peurs de ton personnage, trouve ses failles psychologiques, trouve ses faiblesses et essaie de répondre le plus sincèrement possible à ce dont il a vraiment besoin. Je n’ai pas envie de détailler la psychologie d’Ylis ici, c’est confidentiel, puis ça gâcherait toute l’histoire, c’est pourquoi je vais te parler de moi.

Donc j’ai peur de ne pas réussir à atteindre mes objectifs (dans plein de domaines d’ailleurs), et j’ai besoin d’exprimer ma créativité (dans plein de domaines). Mais derrière tout cela, il y a une grande faille psychologique qui pendant longtemps, très longtemps m’a empêché de réaliser mes projets et c’est ma procrastination.

La procrastination est pour moi un symptôme de la peur. Donc tu dois voir les failles de tes personnages comme des symptômes de la peur, de la colère, où que sais-je encore, de ce qu’il veut, comme on l’a vu plus haut. Ma procrastination m’a beaucoup freiné, et en fait ce dont j’ai vraiment besoin au delà même d’écrire mon roman, c’est tout simplement de terminer ce que j’ai commencé.

Je laissais de côté des projets qui pourtant me tenaient à cœur, et alors j’avais toujours la bonne excuse… Combien de projets de roman j’ai abandonné parce que c’était trop difficile ? Des tas. Franchement certains le méritaient, mais pas tous. Quand on est dans ce cercle vicieux, on finit par ne plus avoir confiance en soi, car on a cédé à la procrastination, malgré toutes ces choses qu’on voulait faire.

J’ai appris à dompter ma procrastination et aujourd’hui, je suis une procrastinatrice abstinente, car je lui ai botté les fesses comme jamais. J’ai trouvé une méthode d’organisation qui me convient et qui m’aide à atteindre tous mes objectifs, depuis le mois de décembre, c’est presque un sans faute, même si il y a des jours où je suis moins productive. Ma foi, on peut pas être au top tout le temps. Je suis quand même super fière de mes progrès.

Un autre exemple, plus fictif, avec Toy Story. Prenons Woody, le cowboy, de quoi a-t-il peur ? Eh bien, il a peur de finir à la poubelle, d’être jeté par Andy, le petit garçon qui pourtant l’a choisi comme jouet, car il sait que les jouets qu’Andy aime le moins ont ce destin, ils finissent dans des cartons et on les emmène très loin.

Alors qu’est-ce que veut Woody ? Il veut être le jouet préféré d’Andy. C’est la peur du rejet qui le motive vers son but. En fait, Woody a besoin d’apprendre qu’il ne peut pas forcer Andy à l’aimer, il n’a aucun contrôle là-dessus, mais aussi que l’amour d’Andy ne conditionne pas sa valeur en tant que jouet, et surtout qu’il doit accepter de partager l’amour d’Andy avec les autres jouets. C’est en apprenant ça, que Woody va se transformer et évoluer positivement dans son arc narratif.

Le mot de la fin

Ce qui est vraiment enrichissant quand on développe ses personnages et c’est pour ça que j’y suis devenue accro. C’est que ça pousse à se poser des questions sur sa propre existence, sur ce qui nous motive vraiment, sur notre pourquoi, sur nos failles.

Si j’ai évolué positivement en si peu de temps, c’est grâce à l’écriture, c’est assez incroyable et tellement puissant. J’ai l’impression de faire du développement personnel alors que j’écris seulement un roman. Il faut creuser en profondeur sur ses personnages pour les comprendre et mieux les suivre, si ce travail est bien fait, on aura presque l’impression qu’ils existent.

D’ailleurs, le processus est plus longtemps que je le pensais, j’avais prévu un mois mais j’ai beaucoup de personnages, alors je ne sais pas combien de temps ça va me prendre, mais sûrement plusieurs mois. J’ai enfin trouvé quelque chose d’aussi agréable à faire que l’écriture du roman.

Allez sur ce,

A la prochaine !