Je continue encore à développer mes personnages, en suivant les conseils que je trouve par ci, par là et en appliquant des théories psychologiques que je connais. Il n’y a rien de mieux que la psychologie pour apprendre à développer ses personnages, c’est vraiment la clé. Je t’écris cet article car j’ai envie de te parler de ce que je fais depuis plusieurs semaines pour m’aider à développer encore davantage mes personnages.

J’ai toujours tenu un journal pour y raconter mes pensées, m’aider à gérer mes émotions. Certains ne prennent sans doute pas cela au sérieux, mais personnellement ça m’aide à rester saine d’esprit. L’écriture m’a toujours aidé à ce niveau-là.

Franchement je ne sais pas ce que je serais devenue si je ne savais pas écrire et j’ai une pensée pour toutes les personnes qui ne l’apprendront jamais, c’est terrible. Je réalise la chance que j’ai, que nous avons tous : écrire c’est s’accomplir et quand j’écris, j’arrive à me connecter à mon moi profond, c’est pourquoi j’ai voulu faire la même chose avec mes personnages

Entrer en communion avec ses personnages

Trouver la voix de ses personnages

Quand j’écris le journal intime d’un de mes personnages, j’entre vraiment dans ses pensées. Je suis lui, il est moi. Concrètement ça veut dire que, pendant quelques minutes, je m’oublie, je m’efface. C’est très étrange comme sensation, mais c’est ce que je ressens quand j’écris leur journal, je ne suis plus là, je suis eux.

Pendant que j’écris, je les entends penser, ça m’aide à déterminer leur façon de voir le monde, à caractériser leurs “voix” pour plus tard dans le récit, à comprendre leurs peurs, à mieux saisir leur personnalité avec toutes les singularités qui s’y rattachent.

C’est très facile de catégoriser les gens, c’est même humain, notre capacité d’analyse et de traitement est très limité car coûteuse cognitivement, donc on mets des étiquettes sur les gens. En tant qu’auteur, on ne fait pas exception à cette règle, je pense que c’est pour ça que certains créent des personnages hyper clichés sans s’en rendre compte.

C’est compréhensible, on est incapable de stocker et traiter toutes les informations concernant une personne pour déterminer qui elle est vraiment. C’est un effort bien plus coûteux que la catégorisation sociale. Or je trouve qu’écrire un journal pour ses personnages permet de lutter contre ce biais, et d’éviter ainsi toutes formes de caricature non désirée.

S’identifier aux personnages

Il faut dire que certains auteurs basent leur roman entier sur ce principe. Ils nomment leurs chapitres en fonction des prénoms de leurs personnages et écrivent leur roman avec le pronom personnel “Je”. Cela devient un espèce de journal intime romancé, car il faut bien pouvoir raconter et décrire ce qu’il se passe autour d’eux de façon à ce que le lecteur puisse s’immerger dans l’histoire.

Cela produit un phénomène d’identification avec le personnage mais aussi d’empathie, on arrive vraiment à se mettre à la place du personnage. Ceci dit, en tant que lecteur, ce n’est pas au goût de tous et on peut y préférer un point de vue plus distant. Personnellement, ce n’est pas quelque chose que j’aime. D’abord parce que ce point de vue m’empêche d’entrer directement dans l’histoire, et ensuite car je trouve ce point de vue très limité, je préfère avoir une vue d’ensemble, puis surtout si on n’aime pas trop le personnage, on est en quelque sorte condamné à rester coincer dans ses pensées.

Ensuite, je trouve que c’est vraiment choisir la facilité. Ce n’est peut-être pas très juste de ma part mais je me suis rendue compte à quel point c’était facile pour moi quand j’écris le journal de mes personnages, c’est vraiment facile, bien plus que d’écrire à la troisième personne. Je pense que ce type de récit devrait rester cantonner aux histoires dans lequel il a le plus d’impact, c’est-à-dire les récits épistolaires, là c’est pertinent à mes yeux. Pour l’instant, je n’ai lu aucun roman écrit avec le pronom personnel “Je” où ça ne m’a pas déranger à un moment donné, donc ça doit être une question de goût.

Enfin, parce qu’on est pas obligé d’écrire à la première personne pour faire connaître les pensées d’un personnage au lecteur. J’ai personnellement besoin de subtilité dans une histoire, d’ailleurs ça peut aussi être un point faible car lorsqu’on veut trop l’être on finit par perdre le lecteur, c’est l’une des choses que j’aurais à retravailler dans mon roman.

 

Rester connecté à son univers à travers les pensées de ses personnages

Contextualiser, apporter de la chronologie à l’histoire

Un autre avantage non négligeable est le fait que cela permet d’écrire tous les jours, même quand on n’a pas vraiment d’inspiration. Alors même si je ne suis pas encore sur l’écriture du roman, pendant que je suis en train de construire des choses sur des aspects plus techniques, ça me fait du bien d’effectuer une tâche récréative en tenant le journal intime de mes personnages.

C’est aussi une routine qui s’installe. J’ai pris la décision d’écrire 500 mots tous les jours en avançant sur le journal intime de mes personnages. J’écris souvent plus. Pour l’instant, je n’ai fait que cinq personnages : Ylis, Lya, Rahyr, Vankir, et Ptar. Ylis et Lya car forcément ce sont mes personnages principaux et pour le reste, ils sont liés à des intrigues importantes dans l’histoire donc je pense que c’est pour cela que j’ai pensé à eux en premier. J’avais besoin de raconter leurs évènements marquants, même si parfois je ne parle que de leurs routines ; c’est important de savoir ce que font ces personnages quand ils s’ennuient par exemple.

Je raconte toujours ces évènements de façon romancé car même si je veux entrer dans les pensées intimes de mon personnage, j’essaie de me donner le maximum de détails et j’écris même des choses que je connais déjà comme si ce n’était pas pour moi, afin que cela soit lisible pour n’importe qui. Je fais ça pour me permettre de rentrer facilement dans ce que je lis, que cela ne soit plus un effort, que je n’ai pas à me demander, euh pourquoi j’ai écris ça au fait ?Je pars du principe que ça va pouvoir me servir plus tard dans l’histoire pour raconter ces évènements ou simplement y faire référence.

Pour prendre l’exemple de Rahyr et partager un peu de son journal, cela m’a permis de recontextualiser les évènements : pourquoi Rahyr a-t-il risqué sa vie pour venir dans le monde des Djinns, comme beaucoup de djinns terrestres ?

Même si je connaissais cet évènement dans les grandes lignes, cela m’a beaucoup apporté de partager cette expérience via le point de vue de Rahyr. Voilà une partie de ce que j’ai écrit pour raconter ça, tu verras que j’écris aussi de façon un peu romancé pour partager des détails sur l’environnement, le cadre qui entoure la scène décrite :

C’était en pleine journée. Je m’étais réveillé parce que j’entendais du chahut dehors. Je me disais que c’était encore les hurleurs, ces créatures qui chantent de nuit comme de jour pendant la période d’accouplement. Je les maudissais tous, cela faisait un bruit infernal et j’étais à moitié réveillé, je n’avais pas envie de me lever. Nous les jinnans sommes des nocturnes.

Il y avait une autre famille de jinnans à côté de mon abri de fortune, dont ma meilleure amie Nyla faisait partie. Il faisait régulièrement des feux de bois, comme le font beaucoup de jinnans. Leur habitation était située à quelques mètres de mon abri et il arrivait souvent que de la fumée entre par la porte jusqu’à chez moi. Ce matin, c’était encore le cas, ils avaient mis feu à l’une de leurs statuts de bois pour célébrer le dieu du feu ou la déesse des flammes. Comme si de telles divinités pouvaient exister.

Nous vivons sur Terre avec les humains. La plupart des djinns terrestres ne sont pas mieux lotis que nous. Aucun djinn n’ose le dire mais nous sommes au bord de l’extinction. Notre territoire de chasse se réduit au fil des années qui passent et apportent plus d’obstacles que l’année précédente. Ce manque d’espace engendre aussi des tensions avec les autres espèces terrestres mais également au sein même des clans de djinns, qui s’isolent encore plus ou s’affrontent, les uns contre les autres.

[…]

Ceci dit, si je laisse mon égo de côté, je sais, oui je sais qu’ils sont en train de gagner. Ils ont réussi leurs conquêtes et ils ont écrasés, détruits, exploités en dessinant tous les chemins qui les ont menés à la gloire. Cela me rappelle ce que me disait ma mère sur la destruction que pouvait causer le feu des jinnans. A la différence de mes congénères, je n’aime pas particulièrement le feu, il est utile parfois mais il est surtout dévastateur si il n’est pas maîtrisé.

A cette remarque, ma mère avant sa mort avait toujours la meilleure des réponses. Elle me disait que de la destruction engendrait la résurrection, que rien ne meurt vraiment, que tout se transforme en autre chose. Bien sûr, elle avait raison. En fait, elle avait toujours raison sur tout ; son esprit, sa vivacité me manquent beaucoup. Je la vois encore si clairement me parler, me sourire, c’est douloureux mais je le supporte de mieux en mieux.

Les humains aussi sont dévastateurs, tout comme notre feu. D’ailleurs, ils maîtrisent le feu presque aussi bien que nous, je l’oublie souvent. C’est pour ça que lorsque la fumée est entrée par ma porte, j’ai pensé que c’était encore une offrande au dieu du feu. C’est aussi pour ça que je n’ai pas non plus remarqué que si les hurleurs criaient, ce n’était pas pour séduire leurs partenaires, mais parce que la forêt brûlait.

Développer l’univers et le thème de l’histoire

Écrire le journal intime de ses personnages apportent aussi beaucoup en terme de construction d’univers, ça permet d’en préciser les contours. D’une certaine façon, on reste aussi connecté à son univers, on l’exploite un peu plus, non pas que cela soit nécessaire à l’histoire du roman, mais plutôt utile pour nous, les écrivains, pour connaître davantage le monde dans lequel on fait évoluer nos personnages.

De plus, cela permet de préciser le thème de l’histoire, car je remarque que c’est ce qui caractérise beaucoup de ce que j’écris dans les journaux de mes personnages. Tous les évènements marquants se rapportent aux différents thèmes que j’ai envie d’aborder dans mon histoire.

Voilà un exemple avec le récit d’Ylis :

Hier alors que je me trouvais sur le mont Denalie en Alaska, je me surpris à penser à mon monde, cela faisait si longtemps que je n’y étais pas rentré, les roches grisâtres me rappelaient les façades du palais de feu, le feu éternel qui symbolise la grandeur de la cité d’Al-Agar. Le vent frais emplissait mes poumons, et mes yeux étaient humides, quelques peu agressés par les vents soufflants. Il neigeait. C’était magnifique, cette pureté immaculée, ce silence et cette nature sauvage, à l’air si doux et calme.

Je crois que je vais retourner au point de ralliement le plus proche, celui des djinns voyageurs. Il est caché dans une autre dimension : le monde invisible. Ce monde n’est pas accessible aux créatures du monde matériel, même si certaines arrivent à l’apercevoir. Dans le monde immatériel, il y a beaucoup de créatures invisibles, comme nous les djinns, mais à la différence d’autres créatures, nous choisissons de l’être. Il serait fort désastreux que les humains puissent nous voir.

Je recherche sur mon localisateur les données exactes du point de ravitaillement. Arrivé sur les lieux, je vois des trolls qui sortent d’une fissure dimensionnelle, je suis au bon endroit. J’ouvre à nouveau la fissure en prenant garde autour de moi. Il m’est déjà arrivé par le passé d’être confronté à des spectres, ces créatures sont de sales chapardeurs et s’engouffrent dans les failles dès qu’elles le peuvent. Ce sont vraiment de sales bestioles, difficiles à maîtriser et même parfois dangereuses. Leur morsure peut empoisonner un djinn adulte sans soin et dans 20% des cas causés la mort, surtout chez les jeunes djinns.

Heureusement sur Terre, il y en a de moins en moins. En fait, pour tout dire, il y a moins en moins de beaucoup de choses. Avant on ne pouvait pas survoler les eaux sans voir des bloupth faire des bonds à la surface, désormais il est rare d’en trouver et c’est comme ça partout. Les djinns terrestres sont en train de se faire décimer par les humains. Il n’est donc pas étonnant qu’ils cherchent à rejoindre notre monde : le monde des Djinns.

Les attaques contre les djinns voyageurs ont décuplés ces derniers temps et quelque chose me dit que cela ne va faire qu’empirer. Je me demande ce que je ferais si j’étais à leur place. Je crois que j’essaierais de trouver l’endroit le plus isolé possible pour m’y réfugier, peu importe où cela pourrait être. Heureusement que les humains ne peuvent pas nous voir. J’avoue être assez mitigé à égards, j’ai aussi un peu de mal à les comprendre, ce sont vraiment des créatures étranges, mais pas moins intéressantes.

 

Et voilà c’est terminé,

J’espère que ça t’aura donner envie d’essayer mon approche, tu n’as rien à y perdre de toute façon,

Sur ce,

Ciao des poutous !