Comment faire pour construire un univers tout autour de son histoire ? Je me souviens m’être posé cette question un certain nombre de fois. Je lisais partout que c’était une chose importante à faire, alors même si je n’étais pas très avancé dans mes anciens projets, j’essayais quand même de le faire.

C’était un échec. Ça m’ennuyait et le pire c’est que je n’arrivais même pas à comprendre pourquoi, puisque j’avais envie de l’écrire mon histoire après tout ! Je me disais : “j’y arrive pas, c’est trop dur” ; “pourquoi je m’embête à faire ça ? C’est pas intéressant pour moi ! ” ; “Ça va me mener où tout ça ?”

Alors comme à chaque fois, j’abandonnais. Aujourd’hui, j’ai compris. Je sais exactement pourquoi je n’y arrivais pas et j’avais envie d’écrire cet article pour te le partager.

Pourquoi tu ne dois pas construire ton univers

Je m’en souviens, j’écrivais peut-être deux chapitres et alors que je me stoppais net incapable de continuer cette histoire par manque de travail sur sa structure ; quelques conseils trouvés sur internet plus tard, je me disais que j’allais construire mon univers, sûrement que cela me débloquerait, non ?

J’avais tort. Déjà parce que je me rends maintenant compte qu’un univers se construit tout au long de l’histoire et même après pour les plus passionnés et ensuite parce qu‘il était impossible pour moi de travailler mon univers avant d’avoir clarifier l’histoire de mon univers.

Alors oui, peut-être que l’histoire fait partie de la création de l’univers, mais moi je ne le voyais pas comme ça. Quand je commençais à m’y atteler, je décrivais les monuments principaux, les places importantes et franchement comment faire ça quand on n’a pas travaillé l’histoire de son univers ? Les monuments ont une histoire, les grandes places aussi.

Or pour moi, l’histoire d’un univers, dit comme ça, ça n’a pas l’air très intéressant. J’avais déjà du mal à écrire mon histoire principale et là je devais quoi, revenir dans le passé ? Savoir pourquoi mon univers était tel qu’il était. C’est un travail tellement différent de l’écriture que ça peut en être décourageant.

 

Ne décrire que les éléments les plus pertinents

Bon, ce n’est pas vraiment l’histoire de ton univers qu’il faut écrire. Parce que c’est beaucoup trop large, tu ne dois décrire que les éléments les plus pertinents à ton histoire.

Je te parle de mon petit cas personnel. Quand j’ai commencé à construire le monde des Djinns, j’ai fait une carte, avec tous les territoires, toutes les races principales qui peuplaient les lieux. Je réfléchissais au temps, aux différentes saisons.

Ne fait surtout pas comme moi, tu vas te noyer !  Attention, je ne dis pas que tu ne dois jamais le faire, fait le si ça te chante ! Une fois bien lancé, la création d’univers est super fun, je t’en parle après d’ailleurs. Mais il faut surtout te concentrer sur les parties du territoire qui font partie de l’histoire de ton roman et UNIQUEMENT sur ces parties-là.

Par exemple, j’ai choisi un territoire, là où va se passer mon histoire : celui de la cité d’Al-Agar. Mon objectif est donc de détailler les monuments importants qui la composent, les différents lieux dans lesquels vont évolués mes personnages et quelques territoires connexes qui seront mentionnés. Je n’irais pas plus loin pour l’instant, ça n’est pas nécessaire pour cette histoire.

 

Les questions à se poser

Avant de se mettre à la construction de son univers, il faut d’abord avoir bien structurer son histoire, savoir où l’on va, quels sont les thèmes abordés, pourquoi on veut raconter cette histoire, cela va nous servir à déterminer ce qui est vraiment important à partager sur notre univers.

Par exemple, si le thème de ton histoire est la lutte des classes, ce sera important de définir la composition de ces classes, leur critère de distinction, l’origine des conflits. Si c’est la recherche du bonheur, le travail sera surtout à faire sur le développement des personnages et la psychologie en général. Ici, je parle d’univers mais je pense vraiment que tu dois te référer à tes thèmes pour savoir quels sont les éléments à approfondir. C’est comme ça que je fais en tout cas.

En somme, il faut partir de l’histoire, c’est l’épicentre, et l’on construit son univers tout autour d’elle. Voici donc LA question à se poser : quels éléments ai-je besoin de développer pour qu’ils appuient et épousent parfaitement mon histoire ?

Voici comment j’ai découpé les différentes choses à faire pour mon univers et ce qui est accompli :

  • La société djinnine ✔️
  • Le gouvernement
  • Les créatures du monde des Djinns ✔️
  • L’histoire du monde des Djinns ✔️
  • Les lieux importants ✔️
  • La vie quotidienne au sein de la cité
  • Les richesses et curiosités du monde des Djinns
  • Le contrôle des âmes ✔️

Je t’avoue que je fais cela très facilement, mais garde à l’esprit que cela fait des années que je connais ce monde. Le meilleur moyen pour en savoir plus sur ton univers, c’est d’écrire, d’écrire beaucoup de choses. C’est personnellement en écrivant que j’ai inventé mon univers, même si certaines choses viennent comme ça, la plupart du temps écrire m’a beaucoup aidé.

Aussi même si je considère que j’ai assez bien traité un élément, par exemple la catégorie “société djinnine”, je ne m’interdis pas d’y revenir plus tard, pendant l’écriture ou après. D’ailleurs, j’ai vraiment hâte de recommencer, je dois me retenir pour ne pas me lancer à nouveau dans l’écriture, c’est assez frustrant, mais je ne veux pas me tromper alors j’essaie quand même de suivre mon plan. Je t’en parle après.

Un exemple : déterminer le type de société

Prenons le premier aspect qui est la société, je différencie cela du gouvernement, qui est purement politique. La société détermine l’organisation des individus, ou plutôt leur labellisation, si je peux me permettre.

Nous vivons dans une société de classes, où le principal critère de distinction est la fortune. On peut parler de classes socio-professionnelles (agriculteurs, artisans, cadres supérieurs, employés, ouvriers…etc), mais plus largement la France est composée de classes sociales (classe moyenne, classe aisée, classe défavorisée).

Pour t’aider à déterminer le type de société de ton univers, voici les exemples connus :

  • Société d’ordres
    Lié à la dignité et à l’honneur
  • Société de classes
    Lié à la fortune
  • Société de castes
    Lié à la pureté religieuse
  • Société sans classe (marxisme)

Il y a sans doute d’autres types de classes, je n’ai pas trop approfondie le sujet car je savais déjà quel était le cas de mon univers. Tu peux aussi inventer des types de société ou même faire des mixtes, c’est ton univers, fais ce que tu veux.

Quel est le critère de distinction dans ta société ?

Comme tu l’as vu plus haut, chaque système de société repose sur un critère de distinction, tu dois te demander ce qui différencie les groupes entre eux. On a vu que ça peut être la dignité, la fortune, la pureté religieuse mais cela peut aussi être la race, si par exemple, l’un de tes thèmes est la discrimination, ce qui est mon cas 😉

Bien définir ta société

Après avoir déterminer tout ça, il faudra que tu entres dans le détail (inutile de raconter tout de A à Z) mais il faut dresser le squelette de ta société. Si elle est une société de classes, nommes-les et donnes quelques métiers ou catégories qui appartiennent à ces classes.

Exemple, la classe moyenne : qui concerne-t-elle ? quelles professions englobe-t-elle ? Quel est le niveau de vie de cette classe ?

Tu peux te poser autant de questions que nécessaires. Encore une fois, tous les détails doivent te servir à quelque chose, sinon ça peut attendre, ce n’est pas une priorité. Voilà pour cet exemple.

 

Ce qui m’a amené vers la création d’un univers : le monde des Djinns

J’ai envie ici de te parler de mon rapport à la création d’univers et de comment ça a commencé pour mon histoire. J’ai toujours voulu écrire sur les Djinns, depuis mon adolescence, ils me fascinaient. Je me souviens m’être poser cette question : que se passerait-il si un djinn tombait amoureux d’une humaine ? Mais à part cette question, je n’avais rien.

J’ai cherché vraiment longtemps avant de trouver une histoire qui me passionnait à ce point, j’ai écrit beaucoup d’histoires merdiques. Puis un jour, Ylis m’est venu, comme une image, une scène qui s’est joué dans ma tête. C’est un peu ce genre de moment magique qui se produit quand on a de l’inspiration.

J’imaginais ce djinn envoyé sur Terre pour arracher des âmes humaines, observant un accident de la circulation et conduisant son humaine dans l’Autre Monde. Mais encore une fois, à part ça, rien. Rien sur le pourquoi ? rien sur le comment ? Alors j’ai commencé à me poser des questions sur lui : qui était Ylis ? Où est-ce qu’il habitait ? Comment son monde fonctionnait ?

J’ai écrit quelques chapitres qui m’ont surtout servi à découvrir le genre d’histoire que je voulais écrire, parce que ça partait dans tous les sens, je l’avoue. A cette époque, je ne savais pas structurer et comme je ne connaissais pas Ylis, ni ses motivations, ni ses besoins, j’avais du mal à le faire évoluer dans son univers et à envisager une suite pour lui.

Comme tous mes projets d’écriture, j’ai laissé Ylis de côté. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’à la différence de tous mes autres personnages, Ylis ne m’a jamais quitté, ni lui, ni le monde des Djinns. Je continuais à penser aux Djinns, et même si je n’écrivais pas, j’avais constamment de nouvelles idées, jusqu’à ce que je fasse le point sur ce que je voulais vraiment dans ma vie : écrire mes histoires.

Mais voilà, ça n’a pas été facile pour moi, l’écriture. En fait, je trouve ça extrêmement difficile d’écrire un roman, il y a tellement de blocages à surmonter. J’ai aussi probablement quelques lacunes dans le domaine, mais rien d’insurmontable et oui parce que je crois sincèrement que tout est possible, c’est mon nouveau mantra. J’aurais sûrement du lire plus et écrire plus, mais ce n’est pas ça qui m’empêchera de déterminer mon roman ; alors je me suis dit,  “c’est parti, j’écris l’histoire d’Ylis !”, ceci dit, je n’avais aucune idée de comment j’allais faire.

Il y avait une chose handicapante qui m’empêchait d’avancer et c’était mon perfectionnisme, ce que j’écrivais n’était jamais assez bien, alors je le réécrivais encore et encore. Comme ça, tu sais, on tourne en rond, on n’avance pas et on se dit… Pfff qu’est-ce qu’on se dit en fait, rien, on n’ose rien se dire, à un moment donné, on est juste lassé de sans cesse réécrire.

Mais c’est pas grave, n’est-ce pas ? On écrit autre chose, puis en fait, c’est juste une autre excuse. Cela ne mène nul part. On se retrouve avec une liste de projets avortés, certains pas même commencé et ça nous hante. C’est terrible comme sensation.

Alors à un moment donné, j’ai arrêté de croire qu’il me fallait juste du temps pour inventer la suite, que je devais attendre l’inspiration, je me suis mis un coup de pied et je me suis dit, on se fout de ce qui se passe ensuite, l’important c’est qu’il se passe quelque chose.

J’ai pris des petites cartes, j’ai structuré mon histoire franchement n’importe comment, mais je m’en fichais, il fallait que je me débloque, il fallait que j’invente quelque chose, n’importe quoi ! Je l’ai fait et le pire c’est que j’ai structuré mon histoire en trois jours, sans déconner ?

Avant de construire un univers, c’est mieux d’avoir déjà un univers, pas vrai, notamment une variété de personnages, un gouvernement politique, un certain nombre d’évènements importants qui vont se produire. Mais même à ce stade, je n’étais pas encore là-dessus, il fallait que j’écrive, peu importe quoi, mais que j’écrive, c’était mon état d’esprit.

J’avais réussi à me débloquer, à dépasser les deux premiers chapitres, j’en avais écrit sept ou huit, hourra ! Pour les auteurs confirmés, c’est sans doute une grosse blague mais pour moi, pour moi c’était le nirvana. J’ai su à ce moment-là que je pouvais le faire, j’ai su en étant allé si loin que je pouvais terminer mon roman.

Le problème maintenant c’était qu’il fallait que je recommence, eh oui. Mon roman était bancal et pour cause, je découvrais mon univers et mes personnages en même temps que je les écrivais. Je sais que ces premiers chapitres ne sont pas mon roman, mais j’avais besoin d’écrire tout ça, parce que ça m’a permis de dresser les contours de ce qui serait mon histoire.

C’est après avoir écrit le septième chapitre que j’ai commencé à voir tout ce qui n’allait pas, il y avait des problèmes de structure, j’en disais trop ou pas assez, alors j’ai réfléchit sur la construction ou plutôt la déconstruction de mon histoire. Cette fois, j’allais me poser les bonnes questions, j’avais en main tous les éléments pour une bonne histoire : un univers sympa, des personnages que j’aimais bien, des intrigues très cools, c’était parti.

Alors j’ai échafaudé un plan, après avoir tourbillonné longtemps sur tout ce qui n’allait pas dans ces premiers chapitres. D’abord, je reconstruirais l’intrigue, ensuite je travaillerais sur l’univers du monde des Djinns et enfin le plus important, je développerais mes personnages. C’est pour moi les trois aspects à travailler avant la réécriture du roman.

J’ai fait la première étape le mois dernier, maintenant je suis sur la construction de l’univers et j’ai bientôt terminé. Je n’en reviens pas d’aimer autant ça ! Construire son univers c’est tellement fun et ça donne tellement plus de reliefs à son histoire. Ça m’éclate vraiment, c’est fou. Je remplis presque mon objectif d’écrire tous les jours depuis janvier, je trouve que j’avance rapidement même plus rapidement que je le pensais.

 

Pour terminer, je dirais que l’intrigue vient en premier dans la construction d’un roman, c’est aussi le cas des personnages mais à ce stade, ils sont surtout des supports pour l’intrigue. On leur donne en somme une destinée à suivre. Puis, on se rend compte qu’il sont aussi maître de leur destin et qu’en fonction de leurs choix, l’histoire ne se déroulera pas de la même façon, alors vient le développement des personnages. Mais ensuite, on peut se dire qu’il manque quelque chose dans ce monde dans lequel il évolue, ce n’est pas très clair, les structures ne sont pas très apparentes, c’est intéressant mais c’est flou, brouillon, alors il faut travailler sur l’univers.

J’ai pourtant choisi de faire les personnages en dernier, car c’est le développement qui va me prendre le plus de temps et je préfère faire ce qui est plus simple et rapide en premier, ça donne plus l’impression d’avancer.

Voilà j’espère que cet article t’aura un peu aidé !

A très vite