Ylis Tarjannel était probablement l’un des djinnins les plus connus de son temps. La dynastie Tarjannel avait régné de nombreuses lunes sur le monde des Djinns et avec sa cousine, il était l’un des derniers descendants de sa lignée. Même si ses ancêtres avaient été tués par Illibris – le djinnin qui mena le peuple jinnan à la révolte –, d’autres Tarjannel rétablirent l’ordre dans le monde des djinns, dont Ylis lui-même.

Le jeune génie agissait toujours selon son devoir mais il avait détesté la guerre. Tout commença après la défaite des djinns terrestres contre les djinnins ; la destruction des portails reliant les deux univers fut décidé par la lignée Tarjannel en place, très peu de jinnans se retrouvèrent dans les rangs au retour des vainqueurs.

C’est alors qu’Illibris, l’un des djinnins les plus puissants de son monde, auquel on prêta des surnoms terribles, vint défier l’autorité djinnin et plongea le monde des djinns dans le sang et la douleur. Illibris voulait la Terre, et pour cela, il était prêt à tuer son propre peuple. La guerre entre les deux espèces, autrefois alliées, avait semé le chaos et l’horreur. Les jinnans furent bannis de la cité d’Al Agar et l’on posta des gouverneurs sur chaque territoire du monde des djinns, chacun placé sous la tutelle de la cité djinnin.

Les libertés de tous les Djinns furent considérablement restreintes mais le plus dur à accepter fut de ne plus pouvoir se rendre sur la Terre comme bon leur semblait. Seuls les djinns-voyageurs qui devaient subir de nombreuses et douloureuses transformations physiques étaient capables de se transporter entre les mondes. Parmi eux tous n’étaient pas des djinnins, seuls les arracheurs d’âmes avaient l’obligation de l’être car aucune autre espèce n’était capable d’arracher des âmes comme ils le faisaient.

A la différence des jinnans qui possédaient un feu identique au feu terrestre, celui des djinnins était incapable de brûler les choses matérielles. Seulement goûter au feu des Djinnins pouvaient paralyser l’âme et dans des attaques répétées, l’arracher, en la dépouillant de son enveloppe corporelle.

Ylis n’avait jamais pensé à sa mort, mais alors qu’il était là, dans sa cellule de l’Autre Monde, il se surprit à imaginer ce que cela ferait de vivre ici éternellement. Le palais de feu était un endroit agréable et ses appartements somptueux. Mais Ylis préférait de loin le calme et la beauté de sa cellule. Le plan et l’agencement avaient été confié aux meilleurs architectes de l’Autre Monde, ils lui avaient même construit un soleil, aussi lumineux que celui de la Terre.

A cet instant, son regard était fixé sur une vieille horloge qui commençait à disparaître. Ylis l’avait rapporté du monde terrestre, seulement les objets matériels se dégradent vite dans cette dimension. Ils n’ont pas leur place dans l’Autre Monde. Le jeune génie ne pouvait jamais rester très longtemps, au risque de voir son enveloppe corporelle se détériorer. Ylis prenait malgré tout son temps et se perdit dans ses songes à profiter de ce petit monde, alors que son ami l’attendait.

De son côté, Vankir était posé là sur le mont d’une falaise rocheuse, dans l’obscurité du monde des Djinns, avec une splendide pyramide érigée derrière lui, comme arrière-plan. C’était la pyramide de Métra, « l’antre des arracheurs d’âmes », comme on la surnommait. Mais le djinnin, qui se trouvait là, n’avait rien d’un arracheur d’âmes, c’était un patrouilleur. Ceux-là sillonnent la Terre pour détruire les spectres, ces âmes qui n’ont pas été semés et qui deviennent incontrôlables.

Vankir commençait à s’impatienter. L’Autre Monde était certes connecté au monde des djinns mais il se localisait ailleurs dans le Cosmos. Vankir savait qu’Ylis devrait se rendre à la salle des répertoires pour enregistrer l’empreinte de l’âme à son retour. Alors, il l’attendait ici, devant une pyramide dont il n’avait pas trouvé l’entrée, apparemment réservée aux arracheurs d’âmes.

En face, il apercevait le palais de feu de la cité d’Al Agar, sa cité à lui, celle des Djinnins. L’immense édifice enflammé était creusé dans la montagne. Sa lumière bleue argenté éclairait les environs sur plusieurs kilomètres face au ciel noir du monde des Djinns. Vankir n’était pas comme Ylis, lui, aimait son monde, cependant il ne pouvait pas s’empêcher de trouver du charme aux humains. Parfois, même il se surprenait à s’imaginer dans la peau d’un infiltré, ces djinnins qui se glissent dans des enveloppes humaines.

Son regard absent, perdu dans l’horizon, fut redirigé vers la pyramide, lorsqu’un rayon lumineux lui souffla dans le dos, tel un projecteur. Un djinnin venait de sortir de l’antre, restée ouverte assez longtemps pour que Vankir puisse voir ce qui s’y passait. Une cérémonie semblait s’y dérouler. Ylis le faisait trop attendre… Alors Vankir se leva et entreprit d’aller voir ce qui s’y passait.

Mais il ne savait pas comment entrer, alors il se dit qu’il fallait attendre à nouveau qu’un arracheur d’âmes en sorte. Mais à peine s’était-il approché, que quelqu’un le tira par l’arrière :

—Toi ! Où est le prince ?

—Bonjour ! Ça va ? Moi aussi, ça va plutôt bien

—Où est le prince, Vankir ?

—Dans l’Autre Monde, vous savez cet endroit où on entasse seulement les âmes humaines les plus puissantes pour vous fournir votre petit élixir quotidien.

—Tes revendications pour les sous-espèces de cet univers me touchent, se moqua un Djinnin deux fois plus grand que lui.

Son regard était sombre et menaçant. Le djinnin imposant portait une tunique rouge et noir élégante, parsemée de broderies dorées et de pierres précieuses. Il s’appelait Ptar ; c’était un membre du conseil, attaché à la régente de la cité d’Al Agar.

—Salut Vankir, j’imagine que tu vas devoir laisser ses appartements au Prince, maintenant qu’il est rentré, dit une toute petite créature à côté de Ptar. Tu peux toujours venir chez moi en attendant si tu le souhaites.

—Ça me fait plaisir de te voir, Nabou, merci pour ta proposition. T’en fais pas pour moi. Puis, ce n’est pas la dernière mission de notre cher prince.

—Tu plaisantes, j’espère ? s’énerva Ptar

—Non, il ne plaisante pas, Ylis venait de rentrer, Je ne savais pas que tu avais si hâte de me revoir

—Mon prince, s’inclina Ptar avec difficulté, Il y a une affaire urgente qui concerne le monde des Humains et le nôtre. Sans oublier les jeux de la nouvelle lune. Vous êtes en tant que descendant direct de notre dernier roi disparu le garant de l’ouverture décennale de la porte de l’Autre Monde. Tous les dix ans, avant les jeux, chaque Djinn a le droit de rendre visite à sa parenté, j’espère que vous serez à pour rendre cet événement possible.

—Je serais là

—Très bien… La régente est prête à céder le trône au nouveau roi des djinns. Une place qui contenu de votre lignée vous revient de droit, il en convient. Mais comme tous les djinnins peuvent participer,…

—Tu te joindras toi aussi aux festivités, coupa Ylis

—Avec tout votre respect.

—Bien sûr, Ptar, je salue ton courage. Entrons maintenant, il y a une cérémonie de Rême, c’est le moment où l’on nomme de nouveaux arracheurs d’âmes.

—Génial ! J’y ai jamais assisté, s’exclama Nabou

Vankir prit Ylis à part :

—Cette fois, tu peux être sûr que je participe aux jeux. Plutôt mourir que d’avoir Ptar pour roi.

Ylis lui sourit :

—Tu gagneras, mon ami, je n’ai aucun doute là-dessus.

—Si j’arrive à battre ta cousine

—Oui, en effet… Bon au moins, tu auras essayé.

A peine étaient ils entrés que les regards se tournèrent un à un vers eux, enfin surtout sur l’un d’entre eux : ce djinnin à la longue chevelure argentée, vêtu d’une tunique noire brodé avec des filaments d’or. Ylis n’était certainement pas le seul djinn aux cheveux d’argent ; en revanche, compter un prince dans les rangs des arracheurs d’âmes n’était pas anodin. La plupart du temps, la royauté s’essayait à des professions plus bureaucratiques ou guerrières. Puis, presque tous les Djinnins connaissaient le jeune Ylis Tarjannel.

La nouvelle lune approchait et les jeux pour le trône allaient bientôt commencer. Tous les djinnins spéculaient sur les futurs participants. Bien sûr, Ylis n’aurait pas le choix. Personne ne comprendrait qu’il n’y participe pas. Etait-il vraiment le seul de ses pairs à rêver d’une vie simple et tranquille ? Sa lignée avait gouverné trop longtemps sur la cité, c’était pourtant son héritage. Malgré tout, plus il y pensait et plus il cherchait un moyen de s’épargner ces jeux de pouvoir.

—Aujourd’hui, nous recueillons deux nouveaux arracheurs d’âmes parmi nous. Que leur vol soit légendaire, Que leur feu les guide dans l’obscur ciel, Que jamais ils ne faillissent à leurs tâches et que pour toujours ils reposent parmi les leurs.

—Bienvenue à toi, Azar Fret Ibraham Memneth Amon Armadis Meresger Bès Neith, avances-toi et choisis ton nom d’arracheur d’âmes

—Merci grand maître d’avoir prononcé les noms de ma lignée, je choisis le nom d’Armadis, un ancêtre tombé au combat. Il a dirigé l’armée qui s’est engagée contre les djinns ayant failli à leur devoir en reniant leur monde.

—Approche toi, Armadis et fais honneur à ton ancêtre.

—En offrant mon feu à notre communauté, j’atteste de mon dévouement, le djinnin tendit le membre supérieur droit et y fit jaillir une flamme qu’il offrit au maître de cérémonies, Que mon vol soit légendaire, Que mon feu me guide dans l’obscur ciel, Que jamais je ne faillisse à ma tâche et que pour toujours je repose parmi les miens.

—Hé ben je comprends maintenant pourquoi tu es si attaché à ta mission d’arracheurs d’âmes. En fait, c’est une secte tout ça, se moqua Vankir

—Tu passes beaucoup trop de temps avec les humains, tu commences à parler comme eux, déclara Ptar avec tout le mépris du monde

—On pourrait le croire, c’est vrai, dit Ylis à l’intention de Vankir, Mais c’est très important pour les arracheurs d’âmes. En choisissant ce statut, tu prouves ton dévouement à la communauté. Cette cérémonie est symbolique.

—Si tu as si peu de respect pour les affaires de ton peuple, que fais-tu encore parmi nous ? proclama Ptar à l’intention de Vankir

Le djinnin, offensé, voulu lui répondre mais des protestations de djinns alentour leur signifiant de se taire l’en dissuada.

—Il y a beaucoup d’animosité entre vous, aurais-je manqué quelque chose ? demanda Ylis avec curiosité

Ptar tourna la tête et ne répondit pas. Ylis regarda Vankir plus intrigué encore.

—Ptar a une fille.

—Oui…

Vankir soupira, puis lui lança un regard complice.

—Pourquoi ça m’étonne ? lui sourit Ylis, Je devrais être habitué avec toi.

—Avance maintenant Pyrius Khepri Ptah Nout Rê Nouchef Selkis Belfar Amireth Gmar Seremgh Maref Thot…

—Eh ben, la liste est longue ! S’exclama Vankir, que les autres arracheurs d’âmes sommèrent de se taire à nouveau.

—… Irmeth Nuiris Armoridos

Des murmures commencèrent à monter dans l’assemblée des djinnins et tous se penchèrent pour voir le visage de ce djinnin.

—Un descendant d’Armoridos…

—Merci grand maître, d’avoir prononcé les noms de ma lignée. Mais je n’en choisirais aucun.

Les chuchotements reprirent et tous se regardèrent face à cette déclaration inhabituelle.

—Je souhaite m’en donner un pour moi-même. Mes amis, cette cérémonie nous rappelle à tous d’où nous venons afin d’honorer nos ancêtres, mais nous ne sommes pas eux. Chacun est libre de choisir ce qu’il veut devenir sans avoir à subir le poids d’un passé qui n’est pas le sien. Nous ne sommes pas un statut, nous sommes des âmes, nous sommes nos choix alors cessons de vouloir nous greffer à des choses futiles et commençons plutôt à poursuivre ce que nous sommes vraiment. Je choisis le nom d’Amane et je me joins à la communauté des arracheurs d’âmes. Vous pouvez procéder à mon identification.

Le maître de cérémonies hésita. Il croisa le regard d’Ylis, qui lui fit signe d’accepter. Alors il prit le feu du descendant d’Armoridos et procéda à sa nomination en tant qu’arracheur d’âmes.

—J’ai rien compris à ce qu’il a dit. T’as compris, toi, demanda Nabou à Vankir

Vankir ne répondit pas, trop occupé à regarder le nouveau Djinnin nommé arracheur d’âmes, s’éloigné dans les tunnels de la pyramide. Ylis s’apprêta à le rejoindre mais Ptar le retint.

—Mon prince, rendez-vous au palais de feu. Vous y êtes attendu. Laissez-moi inviter le descendant de notre fondateur.

—Très bien, de toute façon, je dois encore me rendre à la salle des répertoires pour enregistrer l’âme.

—Je t’y accompagne, lui dit Vankir, et ensuite nous allons au palais.

Ptar était parti avec Nabou. Vankir suivit Ylis qui parcourait la pyramide.

—J’en reviens pas quand même, un descendant d’Armoridos ! J’ai hâte de le rencontrer.

—Moi aussi…

—J’ai aussi hâte de savoir comment on a pu ignorer si longtemps son existence ?

—C’est une bonne question…

—Tu penses que c’était un djinn terrestre.Tu imagines, un peu. La lignée du grand fondateur de la cité d’Al Agar et accessoirement constructeur de l’Autre Monde perpétuée sur Terre ?

—C’est peu probable…

—Oui, enfin on verra bien. Au fait, il a dit Irmeth ? Ce qui veut dire…

—Que nous avons un ancêtre en commun.

—Tu veux bien arrêter de finir les phrases des autres comme ça, c’est très irritant.

—Nous y voilà !

Vankir leva la tête et aperçut un trou qui perçait le pic de la pyramide, dans lequel s’était formé un tunnel de lumière.

—Il faut s’insérer dans le tube lumineux, dit Ylis

—Je ne devrais pas avoir trop de mal à faire ça, sourit Vankir

Les deux djinnins disparurent dans le tube et se retrouvèrent près un comptoir flottant, avec un djinnin à son bord.

—Ylis ! Mon prince, cela fait tant d’années !

—Oui, ravie de te revoir, Ullyrius.

—Le temps est différent ici, c’est comme si on s’était quitté hier.

Le Djinnin portait une tunique bleu argentée et ses cheveux étaient de la même couleur que ceux d’Ylis. Ses yeux en revanche étaient gris.

—Tu connais la procédure.

—Oui…

Ylis semblait perdu dans ses pensées. A côté du comptoir, se trouvait une étrange machine. Le support était en métal tandis que le haut était une boule enflammée d’un bleu transparent. A travers, on pouvait observer un dispositif de prélèvement. Lorsqu’Ylis y inséra son bras, il sentit une pression presque indolore, puis il le retira de la sphère de feu. Au même instant, une petite boule lumineuse sortit de la machine et commença à flotter dans la pièce. Une liane électrique perça alors la toile blanche nuageuse au-dessus d’eux et vient récupérer ce tout petit morceau d’âme humaine.

—Voici ton dernier dossier. Cela ne devrait pas te prendre beaucoup de temps. Il s’agit d’un vieil homme âgé, très bon pedigree. C’est en France toujours, comme tu l’as demandé.

—Monsieur a ses petites exigences, se moqua Vankir

—Bon, voilà c’est fait. Allons à cette réunion. J’imagine qu’elle a déjà commencé.

—Sans le premier conseiller ? Certainement pas. Prenons une balise, à la sortie de la pyramide, on y sera en un éclair.

—Et si on marchait un peu ? demanda Ylis, J’aimerais beaucoup que tu me racontes tes aventures pour rattraper le temps perdu.

—Tu t’intéresses à mes aventures ! C’est inquiétant, tu vas bien ?

—Ils m’ont bien attendu jusque-là, ils peuvent m’attendre encore, tu ne crois pas ? Je pensais que tu étais content de me voir ! tu ne veux pas qu’on discute un peu ? Je sens que les choses vont se corser, peut-être qu’on n’aura pas l’occasion de se revoir… Puis, je ne peux pas prévoir la mort de l’humain, je devrais le suivre jusqu’à ce que son âme soit prête pour le monde invisible, alors je ne sais pas quand je reviendrais.

—Oui, tu n’as pas tort, tout cela ne prévoit rien de bon. Ceci dit, ces quelques années humaines en ton absence ne sont rien dans la vie d’un djinn. Nous avons encore beaucoup de temps, voyant l’expression de déception d’Ylis, Vankir se résigna, Bon très bien, marchons un peu.

—Ne t’en fais pas, je vais y aller, je n’ai pas le choix de toute façon…

—Tu sais, parfois je me dis que c’est un tel gâchis ! Je suis en colère contre toi, Ylis. Tu as protégé cette cité, il n’y a pas un djinn de notre monde qui ne te respecte pas. Tout le monde t’accorde ce titre de prince, alors que tu ne veux même pas participer aux jeux. Pourtant tu ères sur la Terre, en petit arracheur d’âmes que tu es. Tout ça pour quoi, une boule d’hydrogène qui s’illumine ? Super !

—Euh, nous allons partir, dit Ylis un peu gêné

—Oui, il serait temps, dit le Ullyrius, le gardien de la salle des répertoires

Vankir avait oublié où ils étaient.

—Au revoir, Ullyrius et à bientôt, dit Ylis

—J’en doute, mon prince, à moins que vous ne mourriez dans les lunes à venir, plaisanta Ullyrius, Votre dernière âme sera à remettre au maître de cérémonie et non à moi… Ylis était déjà parti, suivi de près par Vankir.


Les deux djinnins marchaient lentement vers le palais de feu. Le monde des djinns était toujours aussi obscure. Sur leur chemin, ils commèrent à distinguer de petites tâches rougeâtres, au pied du palais de feu, encore loin.

—Bon alors, que je te raconte mes aventures… mais par où commencer ? Tu as manqué beaucoup de choses mon ami ! Ah, il faut que je te parle de cet humain possédé par un Aryth, tu sais ces djinns mangeurs de bactéries qui vivent sous l’eau.

—Je sais ce qu’est un Aryth, Vankir. Attend, depuis quand les patrouilleurs se chargent des cas de possessions ?

—On ne m’a pas appelé pour ça…Oh mais tu sens ça ? D’où ça vient ?

Plus proches désormais des tâches rougeâtres, ils sentirent une odeur sucrée qui vint chauffer leurs narines. Une légère mélodie, accompagnée de battement de tambours, s’intensifiait à mesure qu’ils s’approchaient de l’endroit animé.

—Une demi pièce d’or la coupe !

Un jinnan tenait une petite échoppe de coupe de caramel liquide. Les djinns adoraient le sucre. L’établissement était posté à la sortie d’un village. Quelques jinnans attendaient devant. Vankir fit signe à Ylis de s’y arrêter.

—Une coupe pour moi, Ridahane, et une pour mon ami.

Le jinnan aux yeux rouges observa l’étranger à la chevelure argenté avant de les servir. En jetant un œil à sa gauche, Ylis pouvait voir des logements de fortunes et quelques maisonnettes en terre. Des flammes rouges et chaudes parsemaient les environs.

—Alors c’est quoi cette agitation Ridahane, on fête l’annonce des jeux ?

—Tout le monde se fiche des jeux ici… Enfin, je veux dire, le regard à nouveau posé sur Ylis, que cela ne change pas grand chose pour nous… Il s’agit d’une union jinnane et djinnin.

—Qui est le djinnin en question, interrogea Ylis étonné, Ce n’est pas très courant comme union.

Mais Ridahane ne répondit pas.

—Tu devrais davantage t’intéresser aux jeux, Rid, je vais y participer, figure toi.

—Pourquoi ? Qu’est-ce qu’un djinnin tel que toi ferait au gouvernement de la cité d’Al Agar ?

—J’unirais les djinns de notre monde.

—Tu es bien trop idéaliste pour être prince. Les jeux sont dangereux, il y aura des blessés, parfois même des morts, tu devrais abandonner cette idée.

—Ton manque de confiance en moi me déçoit, Rid.

—Je dis cela pour toi, Vankir, j’admire ta bravoure mais je te préférerais en vie. Avec qui irais-je boire au bar couché ?

—Je suis un patrouilleur, je sais très bien me battre.

—Tu n’es pas un guerrier.

—Merci pour ce soutien, je m’en souviendrais.

Les deux djinnins reprirent leur chemin, en abandonnant derrière eux leurs coupes vidées de ce breuvage si doux et réconfortant. Vankir resta silencieux un moment mais il ne put s’empêcher de ruminer, alors qu’ils avaient reprit leur chemin vers le palais de feu.

—Tu penses qu’il a raison, je devrais abandonner ?

—Est-ce que c’est si important ?

—Bien sûr que c’est important ! Qu’est-ce qui te prend ?

—Oui… Excuse moi. Je pense que cela te passera, comme tout le reste.

—C’est là ce que tu penses de moi…

—C’est que tu es. Tu as envie de faire beaucoup de choses mais tu vis dans une utopie. Regarde, le voilà le vrai monde, bâtit sur de l’injustice, de la souffrance, du sang et un peu d’espoir, par les plus puissants et les plus riches.

—Hé ben, toujours aussi optimiste. C’est vrai, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas le changer pour en faire un monde plus juste ou tout du moins plus équitable. Tu as vu comment nous traitons les autres Djinns ? Tu crois qu’ils vont accepter ça longtemps ?

—Nous leur fournissons un élixir de jeunesse éternelle qui provient des âmes humaines que nous semons, alors oui, ils n’ont pas d’autres choix que de l’accepter. Notre mode de vie est basé sur la force et l’inégalité, c’est ainsi.

—Ce n’est pas juste.

—Bienvenue dans le monde des djinns.

—Oui… Bon finalement les jeux ne sont peut-être pas une si bonne idée…

Ylis se moqua de lui. Vankir changeait souvent d’avis mais le prince des djinns appréciait beaucoup cela. C’était une qualité plus qu’un défaut à ses yeux. Au moins Vankir n’était pas comme tous ses djinnins qui ne savaient rien et qui pourtant croyaient tout savoir, en étant incapable de changer leurs opinions.

—Au fait, mon histoire de possession ! s’exclama Vankir, Je ne l’ai pas terminé… Donc il y avait cet humain possédé par un Aryth. On m’a appelé car il y avait des spectres qui rôdaient dans une forêt autour d’une propriété, avant que je ne les fasses déguerpir bien sûr… Donc je fais mon travail et alors que j’allais partir, j’entends gémir de douleur. C’était un humain. Je suis ses cris et ils me conduisent plus proche de la propriété, près d’un étang. Et là qui je vois ? Nabou, notre maître des calamités en personne, en train de faire je ne sais quoi à cet humain. En y regardant mieux, j’ai vu qu’il essayait de le déposséder. Hé oui, l’Aryth était emprisonné dans l’humain.

—Il a réussit ?

—J’étais en train de me poser la même question en le regardant faire mais oui, il a réussit, comme quoi ! Puis il est parti et il ne m’a même pas vu. Je commençais à faire de même quand j’ai entendu marmonner l’humain. Il n’avait pas l’air très content, et même en colère, je dirais.

—J’imagine que se faire posséder n’est pas très agréable.

—Non, il était en colère de s’être fait dépossédé justement. Il rappelait l’Aryth, tu y crois ça ?

—Hé bien, les humains sont des créatures très étranges, peut-être qu’il délirait. Je ne suis pas spécialiste en possession, mais je crois que les conséquences peuvent être assez graves sur l’esprit humain… Tu as rattrapé l’Aryth ?

—Non, pourquoi j’aurais fait ça ? Après tout, il n’avait pas enfreint nos lois, c’est un djinn terrestre. Le résultat de la possession était à ses risques et périls, ça peut aussi avoir de graves conséquences sur les Djinns, tu sais. Il y a un risque de rejet, surtout si l’âme humaine est puissante. Par contre, j’ai décidé de suivre l’humain. Il est passé devant une petite cabane prêt de l’étang avant de partir. Quand il l’a ouvert, j’ai aperçu des caisses de charbon de bois et des pots entier de sucre. Alors, je ne sais pas ce que tu en penses mais soit ces humains consomment énormément de sucre, soit…Vankir attendit, Ben quoi j’attends, tu ne me coupes pas, tu n’as pas deviné ?

—A quoi tu penses exactement ?

—Tu ne t’ai jamais dit que peut-être certains humains connaissaient notre existence ? Je veux dire, pas les contes, ni les légendes que l’on raconte sur nous mais ce que nous sommes vraiment.

—Non

—Ah oui, pourquoi ?

—Parce que je m’en fiche, qu’est-ce que ça change ?

—C’est une très bonne question, car figure toi que lorsque je me suis retourné vers cette propriété, et je suis près à te le jurer sur ma futur descendance, je n’ai rien vu. Rien du tout.

—Comment ça ?

—On peut voir à travers les murs, n’importe lesquels. J’étais loin c’est vrai mais d’ordinaire je distingue au moins les silhouettes et je perçois de la lumière. Ici rien, le noir total. Impossible de percer quoique ce soit de l’intérieur de cette propriété. Même par les fenêtres, tu te rends compte ?

Ylis ne répondit pas, il réfléchissait.

—Tu sais à travers quel métal on ne voit pas, n’est-ce pas ? Alors à ton avis, qu’est-ce que ça change ? poursuivit Vankir, Peut-être, je dis bien, peut-être que nous les avons sous-estimés. Voilà où mène le mépris de notre espèce, non seulement c’est exécrable mais en plus c’est dangereux.

—Ne va pas trop vite, Vankir, nous ne savons rien. Tu y es retourné depuis ?

—Bien sûr, je n’ai que ça à faire de me promener en France, tout en reniflant les pâquerettes. On m’envoie partout sur Terre, une mission après l’autre. J’ai demandé une audience auprès de la régente mais apparemment elle ne veut pas m’entendre.

—Je lui en parlais… Pourquoi est-ce qu’elle ne veut pas t’entendre ?

—Oh tu sais, la gente féminine et tout ça, c’est compliqué.

—Tu sais quoi j’irais moi-même et ensuite si il y a matière à surveiller de près ce qui se passe là-bas, j’en parlerais à la régente.

—D’accord, c’est toi qui voit. Par contre, je n’ai plus le nom exacte du village, je n’ai pas appris le français. Je crois que ça s’appelle Cambérey… Ou non attend c’est un S… Samlérey. Mince alors Sérembey. Non… Bon, j’ai les coordonnées en tout cas, mais ce sera à toi de retrouver la propriété.

—Très bien. On aurait peut-être du y aller avant cette réunion pour être fixer. Tu aurais du m’en parler avant.

—Oui, c’est ça, tu rêves. Regarde, nous sommes arrivés.

Les deux djinnins se trouvaient désormais en face du palais enflammé.

L’apparence extérieure du palais de feu offrait une façade monumentale enflammée dont les détails avaient été minutieusement taillés dans la roche. Sur plusieurs kilomètres, l’immense montagne était entourée de petites sculptures qui montraient entre autres les batailles d’antan et les personnages les plus célèbres du monde des Djinns.

La roche était grisâtre, presque noire, mais elle laissait émerger, à l’entrée d’Al Agar, deux immenses statues recouvertes d’or, représentant les fondateurs de la cité. Au rez-de-chaussée, dans l’entrée principale de la montagne, s’offraient des galeries magnifiques dont les murs avaient été couverts d’or et de pierres précieuses.

Contrairement à la Terre, l’or abondait dans le monde des djinns. On le trouvait partout et il était facile à extraire. Le métal, très résistant, était presque indestructible, tout en étant un très bon conducteur électrique et thermique.

Les galeries les plus hautes de la cité rocheuse étaient réservés aux djinnins les plus fortunés. Le palais était au centre de la Montagne. Le reste était composé des différents commerces de la cité d’Al Agar : la vente d’objets et de nourriture venant des territoires alentour, la vente d’âmes humaines (un commerce interdit mais qui proliférait ces derniers temps), le commerce de créatures pour la consommation ou la domestication.

Au sommet de la montagne, dans le palais de feu, se déroulait en ce moment même, les entretiens de la régente avec la population. Chaque Djinn, peu importe son espèce, pouvait demander une audience. La régente s’entretenait avec l’un de ses gouverneurs situés sur le territoire des fées. Elle s’appelait Néfertica. Tout comme Ylis, elle descendait d’une lignée puissante mais elle n’était pas sa génitrice, simplement la première conseillère et lorsque les roi meurent, les premières conseillères deviennent parfois régentes en attendant le prochain couronnement.

C’était d’ailleurs la position d’Ylis également. Mais ce statut est arbitraire, seuls les jeux de la nouvelle lune ouverts à tous les djinnins qui l’osent couronnent la royauté et désignent le nouveau souverain. Ainsi, lorsque le père d’Ylis s’est éteint, c’est Néfertica qui reprit les rennes de la cité d’Al Agar. Pour être premier conseiller, il fallait être capable de produire un feu assez puissant pour soulever une tonne d’or.

Le monde des djinns est un endroit bien étrange où le sang n’est rien comparé à la richesse et à la force. Un prince ne vaudrait rien si il était pauvre, de la même manière qu’un mercenaire aurait tout ce qu’il veut, s’il pouvait se l’offrir. Heureusement pour lui, Ylis venait aussi d’une dynastie de grands guerriers et comptait dans sa lignée des noms de djinnins admirables, ce qui le rendait respectable ; son feu était puissant, comme ceux de ses ancêtres.

Ylis était né de Khert Tarjannel et Memna Ryth, tous deux morts au combat lors de la grande guerre contre les jinnans. Lorsque les djinnins engagèrent une guerre pour lutter contre le vol des âmes des djinns , elle fut clôturer par la destruction des portails reliant les deux mondes. Mais ils n’imaginaient pas à ce moment-là en déclencher une nouvelle dans le leur.

Beaucoup de jinnans attendaient le retour de leurs parentés. Or, des centaines de djinnins passèrent les portails pour quelques jinnans dans leurs rangs. La colère et l’indignation éclatèrent devant cette injustice. C’est Ilibris qui mena son peuple à la guerre mais connut la défaite dans le sang et le chaos. Depuis lors, les jinnans ne vivaient plus dans la cité d’Al Agar et ils se soumettaient désormais aux mêmes règles que les autres espèces de Djinns.

—Il y a autre chose à signaler Gouverneur ?

—Oui. Les fées se plaignent des attaques répétées des trolls et demandent notre protection.

—Notre protection ? Nous ne pouvons pas empêcher les trolls de se nourrir.

—Non, en effet, mais elles demandent d’utiliser des humains.

—Les âmes humaines sont la propriété des djinnins.

—Elles le savent. Elles ne parlent pas de leurs âmes mais de leurs corps. Elles ont ensuite ajouté que nous n’avions qu’à utiliser les humains cultivés dans les ruines de Tès.

—Comment ça ?

—Je me suis empressée d’aller vérifier, régente, et je n’y ai rien trouvé à part des griffeurs.

—Des griffeurs ? Sur le territoire des fées ?

—Dans les ruines de Tès.

—Merci Gouverneur Etma.

—Je vous en prie, régente.

La Gouverneur s’inclina légèrement et quitta la salle du conseil.

—Attendez avant de faire rentrer la requête suivante. Nymeth va tout de suite à la salle des fabriques et vérifie qu’aucun transporteur n’a été dérobé.

—Très bien régente.

—Ne prenez pas cela trop au sérieux, régente, dit un Djinn corpulent, des humains dans le monde des djinns seraient une chose forte intéressante d’une certaine manière, mais les pauvres ne tiendraient pas trois secondes dans un monde qui s’en sert de dîners. Puis, nous connaissons tous la fiabilité des fées.

—Ce qui adviendrait d’eux m’indiffère, Babadir. Faire venir des humains dans notre monde sans le consentement de la cité est une trahison. Imagine qu’on ait osé nous dérober des transporteurs ? Il n’y a pas d’autres moyens pour faire entrer des humains dans notre monde. Nous ne devons pas être négligent.

—Bien, vous avez raison, lui répondit Babadir

—Faites entrer la requête suivante

A ce moment-là, un djinn aux cheveux noirs entra. Ses yeux étaient rouge écarlate et son allure plutôt élégante.

—Vous avez demandé une audience pour un changement de nom de première cérémonie, c’est cela ? énonca le porte-parole de la régente, situé à l’entrée de la pièce.

—Oui, majesté, je voudrais changer de prénom en effet.

—Je ne suis pas votre majesté, je suis le porte-parole de la régente. Je lis que vous êtes enregistré dans notre monde depuis deux semaines… Votre immatricule me dit que vous êtes d’origine terrestre.

—Oui mais mon géniteur était un djinnin et ma génitrice une jinnane, votre majes… euh monsieur le porte-parole, donc je suis par extension un citoyen de ce royaume.

—Nous jugerons de cette extension plus tard. Vous devriez être inscrit dans le programme d’adaptation.

—Oh, j’y suis. C’est… c’est très intéressant. On nous a fait tout un tas de prélèvement, un vrai délice !

Le Djinnin le regarda avec mépris avant d’ajouter :

—Pourquoi voulez vous changer de prénom ?

—Est-ce important ?

—Non… Je vous rappelle cependant que selon nos lois, les hybrides ne peuvent avoir qu’un nom. Choisissez le bien.

—C’est tout trouvé ! J’ai décidé de me nommer Rahyr-Oury-Ménérath-Aquil-Tès-Illyur-Asbem-Elaboub-Mèqmem

La porte-parole le regarda silencieusement, tous restèrent silencieux à vrai dire.

—Vous n’avez le droit qu’à un seul nom

—C’est un seul nom, c’est tout collé.

—Les djinns terrestres ont peut-être le goût de la plaisanterie mais ici, on ne se moque pas de nos lois.

—Je vous rappelle que selon les lois, les hybrides n’ont le droit qu’à un seul nom, il n’y a aucune loi qui limite le nombre de caractères de ce nom. Je choisis donc de m’appeler Rahyr-Oury-Ménérath-Aquil-Tès-Illyur-Asbem-Elaboub-Mèqmem

La régente se leva et alla le regarder de plus près.

—A-t-on procédé à ton identification ? lui demanda-t-elle

—Oui

—Comment es-tu parvenu à trouver notre monde ? Il est rare de voir des terrestres arrivés jusqu’ici et quand c’est le cas, ils leur manquent un membre ou deux.

—A cause du transport ?

—Parce qu’on le leur coupe.

—Ah… Du coup, c’est non pour le changement de nom ?

La régente lui sourit, comme impressionnée par son ton de défi

—Quel est le nom de ton géniteur ?

—Osiris. Il m’a donné son médaillon avant de s’éteindre car il ne voulait plus se nourrir d’humains. C’est comme ça que j’ai trouvé votre monde… Enfin j’ai cru que ce serait aussi le mien.

—Des mensonges, régente, nous le saurions, rétorqua le porte-parole. Si un Djinnin aussi puissant était encore en vie, nous serions au courant.

—Eh, bien régente, si je peux me permettre, nous venons d’apercevoir un descendant d’Armoridos alors cela pourrait très bien être possible. Bienvenue dans le monde des Djinns, jeune terrestre ! l’accueillit Vankir qui venait de débouler comme si de rien n’était, Comme convenu, je vous amène le prince.

—Très bien, quitte cette pièce maintenant, dit la régente en s’adressant froidement à Vankir, Quand à toi, descendant d’Osiris, ton insolence est pardonnée par ta naïveté. Oui, appelons cela comme ça… Encore un autre comportement comme celui-ci de ta part et je détruirais moi-même ton âme par le feu. Tu n’es peut-être pas encore accoutumé à notre monde mais ici on ne défie pas nos lois sans conséquence, elle fit valser son regard vers la porte d’entrée, Mettez fin aux entretiens et que tout le monde sorte. Ylis, nous devons parler.

Les portes se refermèrent derrière les seuls membres du conseils restant dans la pièce : Ylis, Babadir, Orius, Septem, Freth et Gadhar, présidé par la régente Néfertica.

—Où est Ptar ? interrogea Néfertica

—Avec le descendant d’Armoridos, lui répondit Ylis

—Tu as dû remarquer que les attaques contre les djinnins se font de plus en plus nombreuses sur Terre. Nous avons dû tous vous rappeler ici… J’avais pensé à une alliance entre les djinns terrestres mais avec l’apparition de ces descendants de djinns puissants, je comprends que cela est bien plus grave.

—Plus grave ? Interrogea Septem, A quoi pensez-vous ?

—Quelqu’un a libéré les djinnins emprisonnés sur Terre, déclara Ylis

—Oui, je le crois. Nos ancêtres ont commis l’erreur de les laisser là-bas. D’après notre histoire, les traîtres ont été enterrés dans des conteneurs sur le sol égyptien, ajouta Néfertica.

—Il faut aller vérifier l’emplacement tout de suite, même s’il faut fouiller toute l’Egypte, déclara Freth

—Ce ne sera pas nécessaire, nous savons déjà où ils sont.

La porte du conseil s’ouvrit tout à coup.

—Régente !

Nymeth venait d’arriver, le visage n sang, remarquant à peine son cousin, Ylis.

—La moitié seulement des capsules de transport produite au cours des deux dernières lunes est arrivée à la salle des fabriques. Olep, le gardien de la fabrique a tenté de m’échapper. Tenter, seulement. Les autres Djinnins responsables de la fabrique sont introuvables.

Nymeth se décala sur la gauche et dévoila sa prise, maintenu par deux autres guerriers. Le djinnin à la chevelure rousse était salement amoché. Néfertica l’observa et grimaça devant cet allure sanglante.

—Où sont les capsules volées, Olep ? Qui est derrière tout ça ?

Mais le djinnin Olep resta silencieux.

—Ta régente t’a posé une question, s’énerva Gadhar

—Un Djinn n’a ni régente ni roi, il se gouverne seul.

—Pourquoi trahis-tu les tiens, Olep ? interrogea Septem

—Les miens ? Ceux qui me taxeront deux millénaires pour une cellule dans l’Autre Monde alors que d’autres y ont des places de plein droit ? Qui me demande toujours plus pour du fluide vital d’âmes alors que je pourrais l’extraire moi-même si je pouvais aller sur Terre ! Les miens, ceux-là même responsables de mes chaînes, de nos chaînes à tous ! Il fut un temps où nous les djinns, nous étions libres ; où nous ne dépendions pas d’un misérable conseil qui se préoccupe plus de ses propres bénéfices que de son peuple. Vous allez peut-être prendre ma vie aujourd’hui mais sachez que des centaines d’entre nous veulent la vôtre !

—Les capsules, à quoi vous servent-elles ? demanda Ylis

—A ton avis, descendant Tarjannel, sourit Olep

—Emprisonnez ce traître, Nymeth interroge-le

—Avec grand plaisir, régente

—Septem contacte la Gouverneur. Elle doit retourner à Tès immédiatement, proclama Néfertica

—Les fées n’avaient donc peut-être pas tort, dit Babadir

—Des humains ont été transporté dans notre monde, finit Ylis