Les deux fillettes étaient cachées sous leurs couvertures mais elles ne manquaient pas un mot du conte instruit par leur père. L’histoire était effrayante et captivante à la fois. A coup sûr, elles ne dormiraient pas avant longtemps.

—Alors l’homme se redressa et dans un cercle de feu se transforma en une créature à l’allure squelettique, vêtue d’une cape noire. C’était un Djinn. « Mon Dieu, cria le paysan ». L’homme de ferme fit volte face, les jambes portées par l’effroi. « Attrape-le, Memneth !.. Pauvre vieil homme, la créature avança vers lui, crois-tu que l’on puisse nous refuser quoique ce soit ? Tu nous livreras l’impôt annuel dans dix jours, ici même, à la nuit tombée ; et pour te punir, dorénavant, ce ne sera plus un mais deux premiers nés, un mâle et une femelle »

—Non, papa, ils vont le tuer !

—Attend la suite, Alia.

—Oui, tais toi, son père lui adressa un regard impatient, Elle m’énerve !, s’exclama Lya

—Bon je continue… « Si tu ne respectes pas le marché, paysan, je m’emparerais moi-même de ta progéniture. Maintenant va et rappelle-toi que grâce à mon immense générosité, tu es encore en vie »

—Ah, il est pas mort, dit Alia, soulagée

—Mais tais-toi !

—Lya, calme toi.

—Mais tu vas jamais pouvoir la terminer si elle te coupe tout le temps et il commence à être tard, tu vas nous dire de nous coucher.

—D’accord, d’accord. Je vais te faire la version courte, comme ça, tu connaîtras la fin, ça te va ?

—Oui !

—Très bien… Le jour suivant, le paysan propagea dans tout le village les nouveaux termes de l’impôt annuel. A chaque nouvelle moisson, le registre des naissances de la ville servait de répertoire pour choisir les futurs condamnés. Ce qui, auparavant, semblait être du trafic d’enfants relevait désormais d’offrandes à des créatures démoniaques. Or si le premier dérangeait sans bousculer, le second était insupportable. Les habitants se rebellèrent ; commença alors une chasse aux Djinns. Le courage des hommes leur fit affronter le pouvoir des djinns, qui en réalité n’avaient pour seul défense que des morceaux de bois. Ces créatures avaient longtemps joués avec la méconnaissance des Hommes sur leur état. Si ils pouvaient être grands et puissants dans leur monde ; sur Terre, leur feu était incapable de se matérialiser. Autrement dit, les Djinns n’étaient que fumée dans notre atmosphère. Les paysans anéantirent de nombreux djinns ce soir-là et plus jamais ils n’eurent à sacrifier leurs enfants…Voilà, c’est terminé.

—Mais les autres enfants, ils sont passés où ?

Son père lui sourit tendrement :

—C’est la question que j’ai posé à mon propre père quand il m’a raconté cette histoire. Il m’a répondu que personne ne savait vraiment ce qui leur était arrivé, qu’ils avaient peut-être quitté ce monde ou servis de dîner.

—Oh non, couina Alia

—Ouuuh les djinns vont venir et ils vont te kidnapper !

—Ne plaisante pas avec ça, Lya. Ma chérie, ne t’en fais pas, il ne t’arrivera rien ici, tu peux me croire sur parole. Puis, ce n’est qu’une histoire… Bon, allez, dormez bien, mes petits caramels, je vous aime plus que tout au monde.

Amir El Abouabat embrassa ses filles avec l’amour sincère d’un père aimant. Puis, il s’en retourna vers la porte et pressa l’interrupteur, souhaitant une dernière fois bonne nuit, à ses noisettes adorées, comme il les appelait parfois.

Les jeunes filles El Abouabat avaient grandi sous les berceuses des contes de Djinns. Leur père les avait appris par cœur de son père à lui, avant de les retranscrire pour qu’enfin il reste une trace durable de ces récits d’antan.

Il y avait sûrement meilleure façon d’endormir des enfants que de raconter des récits comme ceux-là mais Lya raffolait de ces histoires et même Alia les réclamait. Elles adoraient passer ce temps à écouter leur père, les faire rire et frissonner, souvent.

Une nuit, il y eut un conte que Lya retint plus que les autres.

—« Comme vos yeux sont électrifiant, ils me plongent dans les doux ténèbres d’un endroit familier. Que dire encore de vos oreilles, de votre moue ! Quel bel ouvrage vous faites ! Puis je m’asseoir et pâturer avec vous ?

—« Meuuuh », dit la vache

—« Quelle belle nuit vous ne trouvez pas ? J’ai fouillé ciel et terre pour trouver une belle telle que vous. Plus jamais je ne vous quitterais, je vous aime ma meuh, je vous aime tendrement ». Et voilà… Ils vécurent heureux et eurent une assez étrange relation ensemble.

—Le Djinn est tombé amoureux d’une vache ? Demanda Lya

—Ils auront des enfants mi-djinn, mi-vache alors, ricana Alia

—Quelle terrible idée ! Cela me paraît relativement impossible, ma chérie. On ne peut pas croiser des espèces comme ça dans la nature.

—Dommage, ça aurait été rigolo, sourit Alia, Je préfère les contes comme ça.

—Pas moi ! s’exlama Lya, Papa, tu nous as raconté qu’au commencement, les djinns vivaient parmi les humains, pourquoi y en a plus aujourd’hui ?

—Hé bien… J’imagine qu’il y a plusieurs explications ; les humains les ont poussé à quitter ce monde en cessant de les vénérer. Un jour, plus personne ne vit de djinns. Ils n’avaient plus bonne réputation de toute façon… Mais ma chérie, attention, ce sont des contes merveilleux tout ça, des récits inventés pour divertir et amuser.

—Tu racontes comme si c’était vrai, dit Lya

—Les Djinns existent, j’y crois. Simplement, il y a une différence entre des histoires déformées dont il est presque impossible de discerner la vérité et la réalité elle-même. Les conteurs se racontent ces histoires depuis des siècles, il est impossible que tout soit vrai.

—Comment on fait pour savoir qu’est-ce qui est vrai ? Demanda Lya

—La récurrence peut être un indicateur, je pense. C’est quand une caractéristique apparaît plusieurs fois.

—Ils sont fait de fumée, dit Lya

—Oui, lui sourit son père

—Ils volent ? demanda-t-elle

—Peut-être… Tout comme toi, j’aimerais en savoir plus sur eux.

—Si j’en croise un, je lui demanderais, dit Lya sérieusement

Son père rit à cette réponse innocente.

—Bon allez, au dodo, les petites noisettes !

—Nan, s’te plait, allez juste une dernière histoire, juste une ! supplia Lya

—Demain, ma chérie, c’est promis ! Allez, au dodo ! Bonne nuit, mes petites barbapapa !

—Bonne nuit, lui répondit Lya, un peu déçue.

Mais il était déjà tard alors leur père éteint la lumière en quittant leur chambre. Cependant, cela ne plongea pas les jeunes filles dans le sommeil.

—J’aimerais voir un Djinn un jour, j’espère que ça arrivera

—Lya, les Djinns, ça existe pas comme dans les contes. Pis, même Papa, il est pas sûr, il dit juste qu’il y croit

—Il a raison d’y croire ! Ça doit être tellement bien de savoir voler, de pouvoir créer des tempêtes de sables, de pouvoir voir à travers ce que tu veux. J’aimerais bien être un Djinn, comme ça je pourrais voler n’importe où. Puis je serais invisible donc tu pourras pas me voir. C’est trop cool les Djinns ! J’espère qu’ils existent et qu’ils sont encore là sur Terre avec nous.

Puis après une longue discussion, les deux fillettes s’endormirent enfin. Lya fit son premier rêve sur les Djinns ce soir-là ou tout de moins, c’est ainsi qu’elle l’interprétait, même si elle n’avait pas vu de créatures étranges, après tout les djinns sont invisibles. Ce rêve, elle s’en souvenait encore. Elle volait dans l’obscurité, comme un djinn, seule avec la pleine lune.

La passion de Lya pour les Djinns s’installa très tôt dans l’enfance. Les contes avaient semés les premières graines d’un puissant intérêt pour les créatures nocturnes. Mais tout cela aurait pu ne jamais refaire surface s’il n’y avait pas eu ce cours à l’École des Savoirs Universels.

Son père avait fondé l’École des Savoirs Universels en 2005 dans le but ”d’éclairer” la jeune génération, disait-il. Avec deux de ses plus vieux amis, Jonathan Campbell et Valfrido Fernandez, ils créèrent l’association des Lumières, en référence au siècle des Lumières pour partager l’importance de la connaissance de nos jours et la nécessité de la cultiver dans le temps.

Les premiers quartiers de l’association étaient une pièce non aménagée de la demeure des El Abouabat, située dans un petit village à l’Est de la France, nommé Selongey. L’objectif était bien sûr de pouvoir se déployer sur tout le territoire mais d’abord ils commenceraient ici.

Très vite, il fallut plus d’espace, si bien qu’Amir confia une partie des pièces de son propre logis à l’association pour accueillir les élèves de l’École. A cause de cela, Lya avait du renoncé à son atelier de dessin. De ce fait, elle ne portait pas le projet de son père dans son cœur et se garderait bien de le lui dire. Mais c’était sans compter sur l’intervention de sa sœur :

—Ma chérie, de toute façon tu ne sais même pas dessiner, lui dit son père

—Merci pour l’encouragement… Je voulais apprendre. Je me disais qu’avec un atelier, je serais plus motivée. J’te remercie d’avoir tout balancé.

—De rien ! s’exclama Alia

—Tu peux toujours suivre des cours ailleurs, dans une autre pièce. Je ne vois absolument pas le problème.

—Le problème, c’est que j’aime bien l’aile Ouest. Il y fait plus frais et c’est mieux éclairé. C’était la paix là-bas, il n’y avait personne et maintenant je ne peux plus y aller

—C’est faux, tu peux aller aux cours si tu veux, se moqua sa soeur

—Qu’est-ce que tu en penses ?

—Ça ne m’intéresse pas !

—Tu es sur ? C’est dommage. Une amie à moi s’occupe d’un séminaire sur la tradition sémitique dans le cours Mythes & Religions. Sais-tu ce qui fait partie des mythes de cette tradition ? Je te le donne dans le mille : les Djinns. Tu adorais les contes de Djinns quand tu étais petite, peut-être que tu y trouveras ton bonheur. C’est les vacances, tu devrais en profiter pour découvrir de nouvelles choses. Je te préfère mieux dans un séminaire que derrière un écran toute la journée.

—Ça abîme les yeux, les écrans. Tu vas devoir porter des lunettes.

—Je te remercie pour ta considération, Alia. Que ferais-je sans tes précieux conseils ?

—Tu serais perdue, mon enfant, perduuuue, sourit Alia

—C’est quand ?

—Demain, lui dit son père avec un sourire triomphant

—Bon… Ok, pourquoi pas, j’ai rien de prévu de toute façon. Tu viens avec moi ?

—Non désolé, je dois aller m’entraîner à la salle.

—C’est important d’avoir un corps fort et musclé, tu devrais avoir un entraîneur particulier. Je peux arranger ça.

—Mdr papa, se moqua Lya, ne te donne pas cette peine, quelque chose me dit – ou plutôt quelqu’un – qu’elle ne va pas du tout aux entraînements pour avoir un corps fort et musclé comme tu dis

Thérèse, leur domestique, entra, suivit de près par Charles et Daniel qui tiraient les chariots du repas. Ils les servirent.

—Mais au fait, papa, elle n’a pas de carte d’adhésion pour les cours.

—Elle n’en a pas besoin, Alia. La carte membre, c’est uniquement pour ceux qui veulent avoir accès aux activités sportives et aux loisirs créatifs.

—Y a des activités de loisirs créatifs ? demanda Lya

—Très bientôt, que dirais-tu d’un atelier à dessin ?

Lya sourit tellement qu’elle eut les larmes aux yeux. Pourtant, elle n’aimait pas le dessin à ce point-là. Ah, que ne ferait pas un père pour les beaux yeux de son petit caramel en sucre préféré. Lya oublia en instant ce lointain petit épisode contrariant à propos de son atelier et passa le reste du dîner à rire avec son père. Il ne l’oubliait jamais, et même quand ils se fâchaient, cela ne durait pas bien longtemps.

Le lendemain, Lya s’aperçut qu’elle ne savait pas du tout quoi apporter pour ce cours. Devait-elle prendre un carnet, un ordinateur ? Heureusement, son père l’avait renseigné entre temps. Pendant qu’elle se dirigeait vers l’aile Ouest, elle réalisa qu’elle ne s’était pas rendue ici depuis un certain temps déjà.

Cependant, les éléments n’avaient pas changés. Les murs en pierre régulière étaient d’un blanc cassé et le sol des couloirs les plus éloignés des pièces consacrés à l’École s’offraient nus, sans le moindre revêtement. Cette partie-là n’avait pas encore bénéficié de travaux et ressemblait trait pour trait à ses souvenirs d’enfance. Son père était tellement occupé avec la gestion des affaires de l’École qu’il n’en n’avait pas fait sa priorité.

En traversant le grand couloir, sans même encore franchir la porte des ombres – comme Lya l’appelait quand elle était enfant – la jeune femme entendit déjà du bruit. Elle distinguait de là les pavés de l’autre couloir et la lumière du soleil qui perçait par la grande porte à droite, jaunissait le sol.

La salle du cours était juste en face. Cet endroit avait beaucoup changé. Son père avait restauré toutes ces parties pour l’École. L’aile Ouest était décidément moins lugubre. Comme c’est dommage, pensa Lya. On se serait vraiment cru dans une salle de classe mais l’ambiance était clairement plus détendue.

Il y avait un coin canapés avec des sofas pour ceux qui souhaitaient s’installer plus en retrait. Sur la gauche, à plusieurs mètres du projecteurs, il y avait des sièges et des tables. Un frigo se situait sur la droite, près duquel se trouvait une petite table avec des gobelets et des gâteaux.

Il y avait déjà un peu de monde dans la salle. Elle se dirigea de suite vers le coin sofa. Finalement, cette École allait peut-être lui plaire.

En face d’elle, se trouvait un jeune homme brun aux yeux verts et aux cheveux bouclés, lya le regarda dans l’espoir de pouvoir entrer en contact visuel avec lui et commencer une conversation. Cela faisait quelque temps qu’elle n’avait pas parlé avec un autre être humain, à part les membres de sa famille bien sûr.

—Salut… Euh, c’est la première fois que tu viens ici ? lui demanda-t-elle, Je ne connais personne, alors j’essaie de sociabiliser…

Le jeune homme se redressa en lui souriant et lui répondit :

—Une première pour ce cours mais sinon je suis les séminaires d’architecture et d’histoire contemporaine depuis un mois environ.

—Waw, sérieux ! Faut être passionné pour suivre des cours d’histoire l’été, nan ?

—Ils ont des supers profs ici, qui viennent d’universités prestigieuses. C’est pas le même genre de cours à la fac et j’adore l’histoire.

—Ah, ouais, d’accord… Y a même un stand de gâteaux !

—C’est juste pour ceux qui veulent en ramener et rester un peu pour discuter. Souvent, on peut occuper les locaux jusqu’à une certaine heure si y a pas d’autres cours.

—Hé ben ! T’en sais des choses, ça fait longtemps que tu viens ici ?

—Je te l’ai dit, un mois, lui sourit-il, Je ne connais pas grand monde dans ce village, la plupart de mes potes habitent loin d’ici. Du coup, ça m’occupe et puis c’est cool. Je vais surement prendre la carte membre pour les activités sportives

—Et de loisirs créatifs ! Oui, c’est prévu. Je vais la prendre aussi.

—N’empêche cette École, c’est vraiment une bonne idée, surtout ici. Puis, au final, il y a quand même pas mal de monde. Je crois que c’est un dénommé Monsieur El babou quelque chose qui la fondé

—Mdr, ria Lya

—Au fait, je m’appelle Samuel Grangier, premier du nom !

—Et moi, c’est Lya El Abouabat, mais tu peux m’appeler El Babou, si tu préfères.

Samuel lui lança un regard intrigué avant de comprendre ce qu’elle voulait dire, lorsqu’une femme entra dans la pièce et ferma la porte.

—Bonjour à tous ! J’espère que tout le monde va bien. C’est mon deuxième cours aujourd’hui sur la thématique des mythes et religions dans la tradition sémitique. Il y a de nouveaux visages, c’est bien, donc je vais peut-être me représenter pour ceux qui n’étaient pas là au premier cours. Je m’appelle Sarah Benhamoud, professeure de philosophie politique à l’Université de Bourgogne. Bon, j’ai un peu de retard donc on entre directement dans le sujet. Est-ce que quelqu’un peut me dire de quoi on avait parlé la semaine précédente…

La femme qui était entrée avait une taille haute. Un chignon nouait ses cheveux châtains et des lunettes étaient posés sur son nez.

—Personne ? Bon. D’abord, on a délimité l’origine géographique des langues sémitiques et donc les lieux concernés par ces mythes qui sont… Quelqu’un a une idée ?…Oui, je t’en prie

—L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, dit une fille brune avec des nattes

—C’est pas très précis mais je l’accepte quand même, après tout on ne fait pas de géographie ici, sourit-elle, En somme, c’est une partie de l’Afrique jusque vers le Moyen-Orient en effet. Nous avons fait un petit tour d’horizon des coutumes et des croyances des sémites. Puis, je vous ai dit la semaine dernière qu’on se concentrerait sur un mythe en particulier : les djinns. Le but est d’étudier quelques mythes les concernant et d’établir leur place dans la tradition sémitique, en mettant en lumière leur évolution à travers le temps.

L’enseignante ouvrit son ordinateur ; tout le monde pouvait voir s’afficher sur l’écran de projection le sujet abordé aujourd’hui : « Les Djinns dans la tradition sémitique »

—Maintenant, qui a déjà entendu parlé de ce terme ? En francophonie, on les appelle aussi des génies, le mot djinn étant une transcription phonétique de l’arabe. Levez les mains. Très bien, ça fait beaucoup !

—C’est grâce à Aladdin !, s’exclama Samuel, accompagné des rires de la salle

—Ah oui, le djinn tout bleu, tout gentil et tout mignon. Je me souviens. C’est quoi un djinn pour toi ? Tu peux me rappeler ton prénom ?

—Samuel… Hum je ne sais pas… Une créature imaginaire qui apparemment n’a pas besoin de beaucoup d’espaces pour dormir.

—Pour moi, un djinn c’est une créature mystérieuse, puissante, capable de survoler le monde, de se changer en n’importe quoi si ses pouvoirs lui permettent. Ils sont nés de la chaleur d’un feu sans fumée. Le feu les caractérise le mieux mais la fumée aussi, car ils sont invisibles à nos yeux et ne se déplacent qu’à la nuit tombée puisque le soleil les affaiblit.

—C’est à peu près ça. Même si aucun texte ancien n’affirme que les Djinns peuvent produire du feu, ils sont nés ainsi selon la légende. Il n’est pas non plus dit dans les vieux textes qu’ils volent mais plutôt qu’ils se déplacent très vite. D’après les mythes, ils sont invisibles à nos yeux sous leur forme originelle, mais il leur est possible d’apparaître sur la Terre dans une autre forme, en se transformant en animal par exemple. Quand à savoir si le soleil les affaiblit, cela n’a jamais été mentionné mais on peut en effet penser que ces créatures imaginaires sont plutôt nocturnes. Merci pour ta participation, tu t’appelles comment ?

—Lya

L’enseignante lui sourit avant de continuer :

—J’aimerais que tout le monde comprenne bien que les mythes abordés dans ce cours sont liés aux religions, comme vous l’aurez deviné à l’intitulé de ce cours. Ce qui veut dire qu’il y a certaines personnes qui croient vraiment à l’existence de ces récits qu’on qualifie ici d’imaginaire. Attention à ne blesser personne lors de conversations amicales par exemple.

—Personnellement je ne comprends pas qu’on puisse croire à des créatures invisibles qui se transforment en tout et n’importe quoi. Mais enfin… J’ai toujours été fasciné par les croyances des hommes, c’est aussi pour ça que j’ai choisi ce cours.

—Hum… D’accord, merci Lara pour cette précision. Ceci dit, n’entrons pas non plus dans des débats concernant leur existence, ce n’est pas le propos de ce cours, dit l’enseignante en remontant ces lunettes.

—Mais quand même, reprit Lara, C’est fou de croire à des chimères.

—Et vous, madame, vous en pensez quoi ? interrogea Samuel en souriant

—Il n’y a pas de débat à faire ici sur l’existence ou non des Djinns. Mais si vous voulez mon avis, je crois que la science ne peut pas toujours tout expliquer. Appelez-les esprits, poltergeist, djinns ou que sais-je encore. Il y a parfois matières à douter de la capacité des sciences à tout expliquer.

Après le cours, Samuel et Lya décidèrent de rester un peu dans la salle à discuter. Puis Lya voulut lui montrer le petit étang du domaine.

—Tu vois, il va jusque là-bas ! s’exclama-t-elle en lui montrant les limites de l’étendue d’eau, Je pêchais ici avec mon père quand j’étais petite. Aujourd’hui, ça ne me traverserait même pas l’esprit.

—Ah ouais, pourquoi ?

—Je suis devenue végétarienne et voir un poisson se débattre comme ça… Ah non, c’est plus possible… Mon père les assommait, tu vois, après les avoir pêché. Je trouve ça horrible maintenant quand j’y pense.

—Ouais… J’hallucine que tu vives dans une maison comme ça, c’est trop bien. Y a de la place pour moi, je peux emménager quand ?

Lya lui sourit avant de se retourner pour voir un camion noir entré dans la propriété.

—C’est qui ça ?

—Quoi tu ne sais pas qui c’est ?

—Ben non, elle fronça les sourcils

—En vrai moi, non plus, sourit Samuel

Ils restèrent là assis dans l’herbe près de l’étang, à voir une cargaison de caisses bleu foncé sortir de la camionnette et être transportées dans le sous-sol de l’aile Est.

—Plus sérieusement, c’est la deuxième fois que je vois une camionnette du genre arrivée chez toi.

—Ça doit sûrement être du matériel pour l’École ou un autre projet de mon père. Viens, on va voir !

Samuel commença à se lever mais elle le retint.

—Mais pas tout de suite, faut attendre qu’ils partent. On ne va pas fouiner sous leur nez, se moqua Lya

—Ah excuse moi. Tu l’as dit sur un ton un peu aventurier, tu vois.

—N’importe quoi, sourit-elle

Lorsque la camionnette passa le portail, les deux se levèrent. Lya fit signe à Samuel de la suivre.

—Bon, je t’avoue que mon père m’a parlé de cours de dessins et je me demande si c’est la livraison du matériel.

Samuel la suivait au pas. L’endroit était obscure et il y faisait très frais. Il y avait plusieurs armoires à étagère en bois disposées un peu partout, sur lesquelles s’empilaient des objets divers, parfois assez curieux mais surtout très poussiéreux.

Lya fut surprise du nombre de caisses qu’elle pouvait voir. Elles ressemblaient d’ailleurs plutôt à des conteneurs, certaines étaient refermées avec un couvercle. De couleur bleu foncée, les caisses n’étaient ni de la même taille, ni de la même forme.

—C’est le logo de l’École, regarde. T’as raison, c’est du matériel. Attends, naaaan !

Samuel sortit de l’un d’entre eux des arcs et des flèches. Lya lui sourit.

—Je vais prendre la carte membre là c’est sûr.

Il y avait trois petites caisses jaunes qui sortaient du lot. Peut-être qu’elles contenaient des pinceaux à dessin ? Lya essaya de l’ouvrir avant d’apercevoir un cadenas à code.

—Sérieux ?

Elle commença à se demander comment elle allait l’ouvrir avant de remarquer quelque chose sur l’étagère. Une pierre scintillait. La jeune femme s’approcha et vit un pendentif à pierre noire, parsemé de petits cristaux rouges flamboyants. Leur lumière émettait de petites ombres sur la planche en bois de l’étagère. C’est magnifique, pensa Lya. La chaîne de tour de cou était manquante mais cela n’empêcha pas Lya de mettre ce joli pendentif dans sa poche. Après tout, il prenait la poussière ici.

Les deux fouineurs firent un peu le tour des objets, sans rien trouver de très intéressant. Par la fenêtre, on apercevait le soleil couchant. Ils décidèrent de quitter le sous-sol pour regagner le jardin.

—Eh bien, merci pour cette aventure et pour les toiles d’araignées tout ça, c’était chouette.

—Je t’en prie, c’était un plaisir pour moi aussi. Tu reviens la semaine prochaine du coup. Tu m’appelleras quand tu seras là

—Ok, ça marche !

Lya dit au revoir à son nouvel ami. En le regardant partir, elle chercha le pendentif dans sa poche. Lorsqu’elle l’en sortit, les cristaux ne brillaient plus. Le pendentif n’était alors qu’une simple pierre noire. Avait-elle imaginé ces éclats ? Pourtant, elle aurait juré qu’il brillait.

—Lya !!

Elle sortit de ses pensées.

—Alors ce premier cours ? Son père l’agrippa par les épaules.

—Tu surgis comme ça sans prévenir, toi.

—Non, je te cherchais. C’est l’heure du souper, là. On t’attend.

—Ah oui, hum, c’est vrai…

Lya jetta un coup d’œil au sous-sol, elle voulait y retourner.

—J’arrive, je te rejoins.

—Non, non, non. Allez ! Tu manges avec nous, cette fois, ça suffit les repas à la demande. Quand c’est l’heure, c’est l’heure.

Lya lança un dernier regard au sous-sol avant de se résigner à suivre son père. Elle avait peut-être imaginé cette lumière rouge… ou peut-être pas.